417. Soirée "Ch'tiffres".
Par Léo Scheer, jeudi 28 février 2008 :: #417 :: rss

Après l'avant première à Lille la semaine dernière, et la soirée, hier au C.N.C. avec un très bel hommage rendu par Madame la Ministre au rôle joué par les producteurs (auteurs de la maison) pour le développement et le rayonnement du cinéma français (Il faut dire qu'enchaîner dans la même année Ensemble c'est tout, La graine et le mulet et Bienvenue chez les Ch'tis, c'est pas mal), ce soir, c'était la "soirée chiffres". Il s'agit d'un rituel assez stressant, propre à ce métier du cinéma, qui permet d'avoir vers 23h le jour de la sortie d'un film, une idée déjà assez précise de ce que sera le destin de cette oeuvre dans les salles. Sur un grand écran, on voit s'afficher, en temps réel, pour la zone Paris-Périphérie, salle par salle, séance par séance, le nombre de billets vendus. Avec un premier sondage des résultats en province on obtient un ratio Paris/Province qui permet d'avoir une estimation de ce que sera le résultat de la première semaine. Jouent ensuite, le degré de satisfaction à la sortie (qui permet d'estimer le fameux "bouche à oreille") et la politique de distribution qui se calcule en nombre de copies du film qu'on augmente plus ou moins en fonction des attentes des exploitants. Quand je suis parti, on en était à quelque chose comme 113.000 Paris/Périphérie, je n'y connais pas grand chose, mais je crois que c'est un résultat historique. J'ai vu cette équipe, particulièrement chaleureuse, humaine, talentueuse, vivre ce moment d'émotion profonde où les rires se mêlent aux pleures, la joie à la fatigue, le rêve à une certaine sidération. La magie est dans le film, à travers quelques séquences dont on est sûr qu'elle vont bientôt être dans tous les esprits, l'apparition de Galabru, quelques minutes : "Le Nord!", le dialogue Kad/Danny : "Les Chiens", la "tournée arrosée" 10mn irrésistibles, où tout remonte, Tati de Jour de fête, le Corniaud, Bourvil/de Funes, l'émotion de cette femme qui se met à chanter "Dors mon p'ti Quinquin" et peut-être celle qui m'a encore plus surpris (chez moi) de sentir les larmes me monter aux yeux en voyant l'image sublime des supporters du RC Lens dans un stade. Je n'ai toujours pas compris ce qui m'était arrivé. Il faudra que je retourne le voir une cinquième fois pour comprendre.

J'avais dit dans mon billet de retour de Lille que ce film était pour moi l'événement politique de l'année 2008, celui de la France des Ch'tis face à la france "bling-bling", j'ai l'impression que c'est en train de se confirmer. À ne pas confondre avec les clivages politiques classiques ou les rapports de classes, c'est l'expression, le sursaut de cette fameuse "socialité", de son "double jeu" devant tous les pièges de tous les pouvoirs et qui ne se laisse jamais maîtriser, dont la liberté s'enracine dans un fond d'humanité inaliénable. Entre le "Ch'tis" et les "Pauvres cons" les sociologues ont du pain sur la planche pour comprendre ce qui est en train de se passer dans ce pays.

Commentaires
1. Le jeudi 28 février 2008 par stalkerino
2. Le jeudi 28 février 2008 par Juvenal
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