Voici le Plateau Télé de Patrick Besson dans le dernier Figaro Magazine :

"J'interromps cette émission car Jean-Pierre Elkabbach vient de m'annoncer une nouvelle bien triste : Laurent Ruquier, notre ami Laurent, votre ami Ruquier, vient de mourir. Il m'est difficile de dire ainsi, en direct, tout ce que je ressens dans le moment présent. Laurent, ce n'était pas que le rire. Sous le comique, il y a toujours un homme et un homme, d'abord, c'est un coeur. Oui, je voudrais parler ce soir, alors que nous venons d'apprendre la mort de Laurent Ruquier, de son coeur. C'était un grand coeur. Nous tous qui étions ses amis, et vous tous qui êtes aussi ses amis, nous le savions. Nous en avons eu la preuve à maintes reprises, notamment quand Laurent a, dans son infinie générosité, ramené dans son équipe des gens dont personne ne voulait ailleurs. Je pense à Éric Naulleau, dont un parisianisme mal placé a oublié trop vite qu'il était l'auteur d'un roman ayant obtenu le prix Renaudot des lycéens. Ou à Gérard Miller, le psychanalyste qui parle tout le temps et n'écoute personne. C'était ça, Laurent : le berger qui cherche jusqu'au bout de la nuit la brebis égarée, le bon Samaritain toujours prêt à partager son eau et son mil avec le premier venu. Laurent n'était pas qu'un homme de radio et de télévision. C'était aussi un auteur de théâtre et non des moindres. Il nous faisait rire mais nous bouleversait aussi. Cet auteur complet, il est temps de le pleurer tous ensemble, sans pour autant que cela calme la brûlure de notre chagrin. Je revois son bon visage sans cesse éclairé d'un sourire brillant d'intelligence, ses yeux persans auxquels nul ridicule n'échappait. Il pourfendait, avec une acidité qui n'était jamais méchante, contrairement à d'autres jaloux de la presse écrite, les pensées toutes faites et les lieux communs de notre époque politiquement correcte. Attendez, on me passe une autre dépêche. C'est la famille de Laurent. Notre ami n'est pas mort, il est aux sports d'hiver à Courchevel. C'est en tous cas une bonne nouvelle. Nous présentons évidemment nos excuses aux proches du fantaisiste et à tous les spectateurs. En tout cas, Laurent, tu sais maintenant le bien qu'on pensera de toi quand tu ne seras plus là."

Patrick Besson.