779. 1929*
Par Léo Scheer, jeudi 18 septembre 2008 :: #779 :: rss
Le hareng sort nous propose ce texte de Sir Winston Leonard Alexander Spencer Churchill, Prix Nobel de littérature en 1953.
Le troisième quart de l’année 1929 s’acheva sur la promesse et toutes les apparences d’une prospérité croissante, particulièrement aux Etats-Unis. Il régnait un optimisme extraordinaire qui favorisait une spéculation effrénée. On écrivit des livres pour prouver que la crise économique était un phénomène dont on s’était rendu maître grâce au développement de l’organisation commercial et du progrès scientifique. « Les cycles économiques, tels que nous les avons connus, sont finis et bien finis, » déclarait, en septembre, le président de la Bourse de New-York. Mais en octobre 1929, une violente tempête s’abattit brusquement sur Wall-Street. L’intervention des groupes financiers les plus puissants ne réussit pas à arrêter une avalanche de ventes dues à l’affolement général. Un groupe formé des banques les plus importantes constitua une masse de manœuvre d’un milliard de dollars pour essayer de maintenir et de stabiliser le marché, mais en vain.
Toute la richesse que représentaient les valeurs fiduciaires accumulées au cours des années précédentes s’évanouit. La prospérité de millions de foyers américains s’était édifiée sur la base gigantesque d’un crédit gonflé qui se révélait tout à coup illusoire. L’habitude de spéculer sur les titres s’était étendue à la nation tout entière, et avait été favorisée par les banques en renom grâce à une multiplication des prêts ; il s’était développé, en outre, un vaste système d’achat à tempérament de maisons, de mobilier, de voitures et d’innombrables autres articles d’usage et de confort domestique. Tout cela s’écroula d’un coup. La formidable machine de production des Etats-Unis se trouva désorganisée et paralysée. La veille encore, on se demandait avec anxiété où stationneraient les automobiles dans lesquelles des milliers d’ouvriers et d’artisans prenaient l’habitude de se rendre à leur travail. A présent, le monde entier, après avoir fabriqué tout ce qui était imaginable en vue d’améliorer le confort de millions d’individus, passait par les affres de la baisse des salaires et du chômage croissant. Le système bancaire américain n’avait ni la concentration ni la solidité du système bancaire britannique. Vingt mille banques locales suspendirent leurs paiements. Les moyens d’échange des marchandises ou services entre les individus furent réduit à néant et la débâcle de Wall-Street frappa par contrecoup les foyers les plus modestes comme les plus opulents.
Il serait inexact, cependant, de déduire de ce désastre que la perspective enchanteresse d’une prospérité croissante et d’un confort à la porté de d’un nombre de gens toujours plus grand qui avait enthousiasmé la population des Etats-Unis, ne reposait que sur l’illusion et sur un délire de spéculation. On avait vu jusqu’alors dans aucune société humaine un aussi prodigieux développement de la production, de la répartition et des échanges commerciaux de toutes catégories. Les avantages que les hommes peuvent accumuler au profit de la communauté en mettant en œuvre toute leur activité et toute habileté sont en fait, illimités. La passion du lucre et l’abus de méthodes artificielles, qui outrepassaient même les plus grands résultats acquis, finirent par causer la faillite et la chute de cette splendide réalisation humaine. De 1929 à 1932, l’effondrement du marché américain entraîna une implacable chute des prix, qui détermina une baisse de la production, suivie d’un chômage généralisé.
Les conséquences de cette désorganisation économique s’étendirent au monde entier. Le chômage et la baisse de la production amenèrent une réduction générale du commerce. Des restrictions douanières furent partout imposées afin de protéger les marchés intérieurs. La crise universelle apporta avec elle des difficultés monétaires extrêmes et paralysa le crédit à l’intérieur de chaque pays. La ruine et le chômage se généralisèrent d’une extrémité à l’autre du globe. Le gouvernement de M. MacDonald, malgré touts ses promesses vit croître sans cesse pendant les années 1930 et 1931, le nombre de chômeurs, qui passa d’un million à près de trois millions. On disait que, aux Etats-Unis, 10 millions de personnes étaient sans travail. L’ensemble du système bancaire de la grande République tombait dans le chaos et s’effondrait, pour un temps du moins. Enfin, il en résulta des catastrophes en Allemagne et dans d’autres nations d’Europe. Toutefois, personne ne mourut de faim dans les pays de langue anglaise.
Winston CHURCHILL (La Deuxième Guerre mondiale, tome 1. D’une guerre à l’autre. Page 35 et 36)
- Le titre a été ajouté par le rédacteur
Après son interview dans Le Figaro du 16 septembre, David de Rothschild devrait être bien placé pour le Prix Nobel de littérature 2008.

Commentaires
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2. Le jeudi 18 septembre 2008 par Henri
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