886. Claude Chuzel : Or, matière à réflexion
Par Elodie Issartel, lundi 1 décembre 2008 :: #886 :: rss
Regarder les tableaux de Claude Chuzel nous met en mouvement. Car cette forme sur la toile née d’un geste rapide, d’une traite et sans repentirs, nous invite à nous déplacer, à osciller, à prendre du champ. À reproduire l’antique mouvement du peintre, afin de nous (re)trouver dans le passage de la lumière, celui de l’or au vert-de-gris. Celui du marron glacé à l’ocre rouge… Et à l’infini, ces déplacements éclairent (ou assombrissent) les nuances que le tracé contient, et qu’il nous appartient de faire surgir. Après que l’or s’étale et irradie en apportant une profondeur, apparaît un contraste qui impose la ligne, (re)saisit la forme, et nous donne à voir le geste comme processus d’assèchement et d’évaporation. Cette forme se révèle à mesure qu’elle se dérobe, car selon l’éclairage et selon notre position, elle est autant affirmée qu’amenée à disparaître. Lorsqu’on se déplace pour suivre le phrasé, ce qui vient d’apparaître s’efface au profit d’une transparence qui révèle la toile : radicalité du geste et humilité de la disparition cohabitent dans ce parcours qu’il est possible de refaire. À la manière du peintre jouant lui aussi sur la répétition (en évitant la série), puisque c’est aussi d’écriture qu’il s’agit.
Quand ce qui se réfléchit s’anime, on est pris au jeu, tout à l’étonnement de ce qui surgit et se donne à déchiffrer. Nous sommes loin de ce qui a pu sembler, au premier coup d’œil, une démarche ironique visant la suprématie bling bling. L’or n’est pas le fond du tableau, il habille le geste. Car c’est derrière la lumière qu’il se cache. Ce geste issu d’une impulsion primordiale est celui de la recherche, un geste aveugle qui nous dit qu’il y a quelque chose après l’éblouissement : une écriture dont on n’a pas la clef mais que l’on reconnaît, la modulation d’une même phrase qu’il nous appartient de comprendre, une signature enlevée qui tombe juste, une calligraphie aveuglante et inspirée. Une inépuisable matière à réflexion. Il arrive alors que l’opacité d’une tache soit une entrée dans l’imagerie personnelle de l’artiste (Diane casquée ? fémur ? auréole ?), et qu’elle révèle la nôtre telle l’image dans le tapis, tout aussi préverbale et encore à l’état d’enfance. Et ce geste définitif qui a vandalisé la toile blanche (linceul ? nappe ? lange ?) se joue de nous, comme il joue sur le sacré d’une forme qui cherche l’angle pour se révéler.
Élodie Issartel

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