1069. B.C. N°15 déposé par Nicolaï Lo Russo.
Par general, samedi 1 août 2009 :: #1069 :: rss
Le roman français : entre l'enclume anglo-saxonne et le marteau asiatique.
Ces temps-ci, blogs et magazines littéraires bruissent d'une douleur sourde, qui s'infiltre, envahit lentement les âmes, comme une longue plainte ; disons le tout net : Les auteurs franco-français CRIENT FAMINE : ils ne vendent plus, ou mal, c'est même, ne craignons pas les mots, franchement la cata , dépossédés qu'ils sont de leur pain au sésame par des hordes d'écrivains copieusement étrangers, multi-traduits, pour la plupart nordiques, sud-américains, états-uniens, ou, pire, extrême-orientaux. Par Sainte-Rita !
C'est préoccupant.
Les chiffres de ventes comparés sont pour leur part, c'est peu de le dire, édifiants – ils viennent d'Edistat (ça tombe pas du ciel) – ; et cet été, seul Musso, l'immense et placide Musso, parade dans le top 10 (et encore, il est à moitié Italien.) Terrible constat. Ça ne rigole plus du tout. D'aucuns en revanche, comme Actes Sud (grand amateur "d'Ailleurs"), se gaussent, ricanent sous cape : le roman français c'est fini ! Maintenant, on traduit ! Eh oui l'ami !
C'est que c'est un gros problème cette affaire, plein d'épines, pour nos belles plumes nationales, pourtant fort travailleuses et toutes d'invention, de passion pour le Verbe. Où sont passés les Céline, Gide, Simenon, Sagan, Dard, Butor, Dark Vador et même Houellebecq ? N'y aurait-il plus de relève ? Guili-guili ? (Bon ok, y a quand même Levy, Vargas, Gavalda, Dahlia, et Barbery – un accident –, mais ça fait un peu court comme short list, non ?) Ajoutons que Nothomb vend moins, et que le dernier Angot fut un précipice.
Quoi faire pour sortir du marasme ? Pour relever la tête.
Il semblerait que se dessine, malgré tout, sournoisement, un début de solution :
Depuis que le romancier Michel Dugommier (anciennement aux Editions de l'Etang) s'appelle Ferøcianur Bøgarsson et que ses enquêtes se passent désormais en Islande plutôt qu'en Isère – merci Google Earth et Street View® –, il vend 30 fois plus de livres indique, ravi, son nouvel éditeur Publimonde (quel nom splendide, évoquant tant d'horizons à la fois !). Trente fois plus de livres ! Ça n'est pas rien en effet.
Une nouvelle maison d'édition, donc, – son fondateur tient pour l'heure à rester anonyme –, férue de stratégie et de marketing, qui, depuis le succès de Bøgarsson, se consacre exclusivement à la "littérature étrangère". En faisant surtout du recycling, méthode éprouvée. Une mine d'or.
Ainsi, Gisèle Perruchoud, auteure mature de Montluçon, qui peinait à dépasser les cinq cents exemplaires par livre (même au bout du sixième), s'est vue muer en Yakoshi Haomata et "traduite du japonais par Jeanne Jaunin". Son dernier opus, "L'Enfant de Niigata", l'histoire d'une gamine pustuleuse qui (sur)vit à côté d'une centrale nucléaire nippone, s'est écoulé à près de 18.000 exemplaires rien qu'en PACA ! selon le toujours aussi implacable Edistat (Edistat, et la rate se dilate).
Bastien Bonpoil, lui, modeste auteur de romans policiers brumeux et grenoblois, a vu sa courbe des ventes grimper vers d'inespérés sommets : depuis plus d'un an il se nomme John-Bill Fenwick, dit "JBF", et son dernier roman "Le Charcutier de Heaven Woods", succès phénoménal – il dépasse Musso –, a des options de rétro-traduction dans vingt-trois pays. Il n'en croit pas ses yeux, et son éditeur est aux anges. (Pour la petite histoire, cet assez commun roman a été repris d'un "vieux truc" que Bastien "JBF" Bonpoil avait "dans un tiroir", puis retravaillé, réorienté, relocalisé (aux USA, et dans les années 60), épaissi de pages de descriptions de l'Utah et de Monument Valley aussi fatigantes qu'inutiles. Le tout dans une somptueuse jaquette avec visuel quadri (terrifiant), et titre fluo en relief.)
Et ça marche ! Ça part comme des pains au lait !
Le phénomène irait, dit-on, "en s'amplifiant". (L'éditeur en question pousse même le bouchon jusqu'à créer un "site officiel" de l'auteur ainsi lifté, dans sa prétendue langue d'origine. On n'y voit que du feu.
La question est donc, – je le demande à nous, petites gens fragiles des anciens plis : Cette joyeuse mascarade est-elle à long terme une bonne solution ? Ou faut-il se retrousser sérieusement les manches, revoir dans ses fondements ce qui fit les beaux jours – et le succès mondial – de la si respectée Littérature Française ?
Question subsidiaire : Dans l'hypothèse haute où les premiers romans publiés dans la collection M@nuscrits (dont, prochainement, mon bon vieux HYROK) ne feraient pas "d'énormes ventes" (vous me passerez la litote), ne serait-il pas envisageable de reprendre tous ces écrits dans quelques temps, consciencieusement, un à un, de les "rhabiller" comme vu plus haut ? (Ainsi Alexandra Varrin s'appellerait Penelope Bradford, traduite de l'américain (wow ! l'américain !) ; Géraldine Barbe serait Shirley Wondershine (et son roman se passerait à Beverly Hills – évidemment) , la Chambre de JCM (alias Olavør Palsdottir) donnerait sur une rue glacée de Reykjavik où le soleil ne se coucherait jamais (ah ces rayons sublimes et obliques !), etc.
Ludivine-Aloïs Cissé-Mengel-Hiller(-de Gondolfo ?), elle, fera comme elle veut, c'est un peu la cheffe-scouts de l'été, ok, mais faudra bien un jour qu'elle se stabilise...
Quant à moi, Jean-Daniel Moulin, ex Strangedays, comme j'ai confectionné jadis un pseudo (Nicolaï Lo Russo) à consonance italo-salve, ça va, je peux transposer mon histoire à Palerme, à Moscou, ou même à Sydney, no problem, mais les autres ? Tous les autres à venir... Comment qu'on va faire avec les autres petits Françoys qui sentent déjà le fromage ? Hein ? D'où qu'on va faire naître leurs histoires pour que ça se vende ? Dans quel emballage ?
Y a un truc à trouver, mais quoi. Dense question. A nos cerveaux, vite !

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