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mardi 22 janvier 2008

360. Sweeney Tod de Tim Burton, à Beaubourg

Adorant Tim Burton et étant fan de Johnny Deep (l'un allant d'ailleurs avec l'autre), je suis allée à l'avant-première organisée par la revue Positif, au Centre Pompidou, avec mon ami Antoine de Baecque. C'est un absolu chef d'oeuvre, associant Edward aux mains d'argent et Sleepy Allow, plus tout son univers gothique anglais du XIXe siècle. L'image (les décors sont tous réels, sans post-prod) est magnifique, l'histoire fabuleuse. "Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street" est une légende londonienne que plusieurs écrivains ont repris, elle est sans doute inspirée d'un fait divers réel. Succès de comédie musicale à Broadway en 1979, créé par Stephen Sondheim, Tim Burton reprend le thème à l'identique en donnant au récit sa pleine illustration poétique et sombre.

Sweeney Todd est un barbier anglais revenu, après 15 ans de bagne en Australie, condamné injustement par un juge atroce qui voulait lui piquer sa ravissante épouse. Quand il apprend qu'elle est morte, il n'a plus qu'une idée, se venger et récupérer sa fille retenue prisonnière par le juge, devenu son tuteur. Avec l'aide de Mrs Lovett, magistrale Helena Bonham Carter en personnage cupide et menteur. Tombée amoureuse de Sweeney, elle feint d'être sa complice, dans un épouvantable dispositif. La fin est oedipienne, tragique. Pourtant l'humour noir, immoral et parfois burlesque (Sacha Baron Cohen en génialissime barbier charlatan, Sinor Pirelli) alterne avec des scènes d'égorgements spectaculaires. Miss Lovett cuisine les corps des clients tués par Sweeny pour ses fameuses "pies".

Comédie musicale respectée au refrain prêt, le film est chanté par les acteurs eux-mêmes, d'une manière profonde, souvent grave ou effrayante. Esthétique baroque et fantastique, conte pour adultes enfants, romantique et subversif à la fois. La monstruosité est la même, androgyne et trouble (ici, le cannibalisme), que Charlie et la Chocolaterie où les enfants étaient plongés dans un cauchemar acidulé.

Un grand film de Tim Burton.

vendredi 4 janvier 2008

322. "B" : Nicolas Fargues : "Beau Rôle" par Angie David pour la R.L.33.

Nous poursuivons ici la publication en ligne des notes de lecture à paraître dans La Revue Littéraire N° 33. La première sélection des Prix @ "B" sera publiée le 1er Mars 2008.

Nicolas Fargues, Beau Rôle, POL, 2007, 284 p., 16 euros.

De la part d’un aussi joli garçon que Nicolas Fargues, il est étonnant qu’il ait choisi pour titre l’expression « beau rôle ». Même si elle renvoie à la position que le narrateur est censé occuper, celle d’un acteur pas vraiment star, mais un peu connu quand même pour un film commercial (White Stuff) qui ne lui sied guère. Cet acteur, Antoine Mac Pola, est doté d’une réflexion surprenante sur la géopolitique, l’écologie ou encore les rapports de classes. Difficilement crédible en acteur repenti qui exprime son opinion sur un peu tout, Nicolas Fargues fait peut-être exprès de lui prêter des monologues infinis truffés de lieux communs. Ce n’est qu’un acteur après tout. Les références multiculturelles qu’il développe avec astuce paraissent là aussi un peu douteuses parce que ce n’est pas le propre d’un acteur starlette d’être un puits de science. Comme le héros de Bret Easton Ellis, Victor, dans Glamorama, qui, lui, est absolument à sa place et dont le film qu’il croit tourner est un décor fantôme, une équipe de cinéma est censée le suivre partout : réalité ou délire psychotique de Victor ? Aucune résolution à la fin. Ici, Nicolas Fargues nous projette dans une réalité plus tangible, si ce n’est la dénomination mystérieuse d’un groupe ethnique créole (Antilles ou Océan Indien ?), les Concordines. Il s’agit soit d’une invention, soit d’une ignorance totale de ma part (mea culpa). Victor, chez Bret Easton Ellis, s’exprime dans sa langue "fashion", est adapté au milieu qui l’entoure et baigne entre deux eaux (entre deux Xanax).
Sous le personnage de séducteur dandy voulu par Nicolas Fargues, se cache une histoire familiale particulière : Antoine, le héros, est métis. Sa mère est française et son père est… En tout cas, vient des Concordines. Il n’est pas seulement qu'une vedette désinvolte, mais aussi un homme qui s’interroge sur ses racines. Antoine utilise d’ailleurs fréquemment des phrases en créoles et des mots anglais ou espagnols, traces de son éducation européenne. Au départ, c’est un ancien ami d’école qui le retrouve et lui demande de faire une petite intervention dans sa classe (style Actor’s Studio, sur Paris Première). Pas mécontent de lui, Antoine accepte pourtant avec générosité. Il donne alors son avis sur le cinéma américain et français, sans éviter les écueils de ce genre de discours. Mais une autre chose l’obsède bien plus, une fille qui l’a quitté et qu’il tente désespérément de faire revenir. Elvira, l’inaccessible femme, dont la quête le mènera jusqu’au bout du livre. Après cette preuve de simplicité pour son ancien ami de classe, Antoine retourne aux Concordines, chez son père, avec lequel il entretient une relation houleuse. Lui qui a été élevé par sa mère en France a toujours du mal à trouver sa place dans la famille paternelle. Tragédie classique des métis qui se font rejeter par les deux camps, n’étant jamais vraiment ni d’un bord ni de l’autre. Pour impliquer davantage son personnage, Nicolas Fargues lui attribue des propos assez démagogiques (« Ils sont mille fois plus contemporains que moi ») ou prend fait et cause contre les préjugés sociaux; ce qui rappelle au passage qu’il travaille pour l’Alliance Française. D’ailleurs, selon lui, tout Français devrait s’expatrier quelques années pour échapper au système, et ainsi mieux comprendre l’humanité dans sa différence.
C’est alors qu’apparaît une nouvelle figure féminine, celle d’Aliénor Champlain, actrice, pour le coup, vraiment célèbre. Dilemme bien connu : on regrette la femme qu’on n’a plus et on désire celle qu’on n’a pas encore. Comme beaucoup d’actrices intéressées par l’argent, elle s’est retrouvée dans les bras d’un certain Pierre-Noël Le Fur (ce nom me dit quelque chose), habitué à claquer du fric pour épater la galerie. Plus tard, Antoine exprime son agacement envers la technologie moderne de communication et récite quelques principes des Droits de l’Homme. Il faut dire qu’il a de qui tenir en tant que fils de « Nelson Mac Pola ». Alors Elvira lui revient en tête (est-ce celle qui fit l’objet de son dernier livre : J’étais derrière toi ?). Le problème de la double culture se pose à nouveau : on le traitait de « bounty » quand il était enfant (nom plutôt mignon en soi, c’est bon les Bounty). La France n’est pas non plus ce pays idéal, comme le croient ses cousines, concernant le racisme notamment. Il cite Frédéric Beigbeder et son roman L’Amour dure trois ans. Mais il oublie parfois le contexte culturel dans lequel il se trouve. L’écriture est belle et maîtrisée, les références nombreuses et intéressantes, bien que Nicolas Fargues n’invente pas, comme l'a fait B.E.Ellis, une langue avec ses codes, capable de traduire une culture. J’étais derrière toi avait été écrit dans l’urgence, ici la langue est presque trop appliquée. La fin est romantique, un peu vague. Dans Beau Rôle, tout est bien qui finit bien, malgré le retour possible d’importuns, voire celui de la femme jadis aimée.

Angie David

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