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mardi 14 octobre 2008

821. Référendum des d@ubes.

Au moment où M@nuscrits entre dans la phase concrète de la rétropublication (15 octobre 2008 avec Rater mieux de Barberine en librairie) nous recevons ce projet de référendum que nous soumettons aux votes :

"Le référendum des d@ubes"

"Mesdames et Messieurs les blogueurs littéraires,

Depuis quelques temps déjà, l'inénarrable Ludivine Cissé a pris la liberté de décerner ici régulièrement la distinction fort peu courue de d@ube de la semaine aux m@nuscrits qu'elle juge les moins dignes d'être présentés à votre précieuse attention, accomplissant par là un travail de filtrage qui, pour généreux qu'il soit, ne semble pas faire l'unanimité.

Par conséquent, maintenant que nous avons dépassé le stade de l'expérimentation, et plutôt que de consacrer par consentement silencieux une pratique où l'on voit déjà poindre le début d'une institution, il paraît opportun de soumettre la pérennité de ladite cérémonie virtuelle aux voix démocratiques des intervenants de ce blog.

La procédure est simple : il vous appartient de vous déclarer, dans les commentaires du présent billet, pour ou contre cette remise de prix dûment argumentée (à grand renfort de vitriol), en ayant soin de motiver convenablement votre vote, faute de quoi il sera considéré comme nul - le mot est choisi. Conformément aux principes découlant de tout scrutin universel, les abstentionnistes renoncent de fait à toute légitimité pour leurs doléances futures.

Le comptage des voix est confié à M. Tony Lesterlin, inventeur de la méthode de notation la plus cryptique de l'histoire de l'humanité, qui dévoilera les résultats définitifs dans un délai de huit jours à compter de l'ouverture du référendum, soit le lundi 20 octobre 2008.

Dans cette attente, nous comptons sur votre participation constructive à cette initiative, qui se place de fait sous l'égide impartiale du Web 2.0."

mardi 26 août 2008

721. Lisa

''Je m'ennuie... C'est le vide..."

mercredi 13 août 2008

671. Préface Mystère. PROUST (3) par le hareng sort (de sa réserve)

On apprit à connaître les « années-Condorcet », le lycée de la rive droite, non loin de la gare Saint-Lazare, où Taine et Sainte-Beuve furent élèves, où Mallarmé fut professeur, et que fréquentaient à l’époque les enfants de la riche bourgeoisie de la plaine Monceau. Proust y fit des études que sa santé fragile rendait intermittentes, mais il passa tout de même facilement son baccalauréat (1889) et obtint un prix de philosophie après avoir suivi les cours d’un professeur remarquable, Alphonse Darlu, qui marqua durablement sa pensée. On connut sa passion du théâtre. On connut ses camarades – Jacques Bizet, Fernand Gregh, Daniel Halévy – qui admiraient ses exceptionnels dons littéraires, mais qu’agaçait un caractère trop sensible. On lut le fameux « questionnaire » auquel Proust répondit à treize ans, et on compara ses réponses à celles qu’il fit au même questionnaire sept ans plus tard : dans l’un comme l’autre, il est déjà tout entier.
On le suivit au cours des « années mondaines », qui commencent à sa sortie du lycée, et dureront plus de dix ans. Années actives, années heureuses. Sa santé n’est pas rétablie mais elle s’est améliorée. Elle ne lui permet pas –c’est du moins ce qu’il expliquera à ses parents –de choisir un métier comme ses camarades : après deux années à la faculté de droit et à l’Ecole libre des sciences politiques il sera nommé attaché à la bibliothèque Mazarine, mais n’y mettra jamais les pieds, et sera considéré comme démissionnaire en 1900. Mais elle ne l’empêche pas de remplir ses obligations militaires à Orléans (1889) ni de faire plusieurs voyages avec des amis –à Ostende en 1889, à Saint-Moritz en 1893, à Belle-Ile et à Beg-Meil en 1895, à Amsterdam en 1898, à Venise en 1900, à La Haye en 1902. Elle ne l’empêche pas non plus de se battre en duel (avec Jean Lorrain, en 1897, qui l’a traité de « pelléastre ») ni de suivre avec passion les audiences du procès Dreyfus. Ni enfin, ni surtout de réaliser son rêve, d’entrer dans les « salons » (de Mme Strauss, de Madeleine Lemaire, de Mme Aubernon, de Mme Arman de Caillavet) dont il commence à faire méthodiquement la conquête. La littérature peut l’y aider. Il y excelle. Il a fondé une revue d’anciens camarades de Condorcet, Le Banquet (1892), et il est le premier d’entre eux à publier un livre, Les Plaisirs et les Jours (1896) dont Charles Maurras et Léon Blum feront l’éloge. Jacques-Emile Blanche, peintre des personnalités, fait son portrait. Enfin il connaît les joies de l’amour – et ses tourments – avec un jeune musicien, de deux ans son cadet, Reynaldo Hahn, les joies de la mondanité –et ses désagréments – avec un aristocrate féru de poésie, Robert de Montesquiou.

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mardi 12 août 2008

669. Préface Mystère. PROUST (2) par le hareng sort (de sa réserve)

De plus, il n’a jamais vraiment appartenu au sérail littéraire. Les grands aînés –Anatole France, ténor de la gauche, Maurice Barrès, ténor de la droite - se souviennent très bien d’un petit jeune homme appelé Marcel Proust, qui fréquentait les « salons » dans les années 1900, et ne leur ménageait pas son admiration. Mais il est douteux qu’ils aient lu cette œuvre qui a commencé à paraître voilà une dizaine d’années, dont la publication n’est pas encore achevée, et qui effraie tout le monde par son énormité. Quant à ses cadets, ils sont trop occupés à se faire une place dans le Paris de l’après-guerre pour s’intéresser à un livre où il est question, dit-on, que de duchesses. L’étrange humain, le reclus de la chambre de liège, le visiteur nocturne de l’hôtel Ritz est entouré d’une réputation de mystère, à laquelle s’ajoute - on commence à murmurer qu’il était homosexuel - un léger parfum de scandale. Et c’est tout.
Mais au bout de quelque temps, les langues se délièrent. Des souvenirs, des portraits, rares d’abord, puis de plus en plus nombreux, furent publiés. Une inépuisable correspondance -elle ne comporte pas moins de dix-huit volumes aujourd'hui - commença à être publié. Et peu à peu, à mesure que la gloire de Proust était reconnue, grandissait, franchissait les frontières, on se mit à explorer, dans tous ses détails, la vie du « petit Marcel ».
On découvrit les années d’enfance. La naissance : à Auteuil, en juillet 1871. Les parents : son père, le docteur Adrien Proust, d’une famille catholique beauceronne, sa mère, Jeanne Weil, d’une famille juive alsacienne. Deux familles, deux traditions, deux caractères, deux « côtés » : fort différents, mais très unis. Les lieux : l’appartement du boulevard Malesherbes, et les deux maisons de « vacances » : la maison d’Auteuil –côté Weil- et la maison d’Illiers -côté Proust. Deux maisons qui seront un jour confondues dans un livre, pour donner naissance au village le plus célèbre de la littérature française, Combray. Enfin la maladie : à neuf ans, une première crise d’asthme pulmonaire, violente, qui allait faire de lui pour toujours, un demi-vivant.

lundi 11 août 2008

667. Préface Mystère. PROUST (1) par le hareng sort (de sa réserve)

Voici donc la photographie (un peu floue) de la première page de cette préface dont le hareng sort vous propose de deviner l'auteur :

Par la suite le feuilleton présentera des pages en ligne.

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666. Le Jeu de la Préface Mystère. par "le hareng sort" (de sa réserve.)

Nouveau feuilleton proposé par le hareng sort, grand spécialiste des citations, mais qui a bien d'autres flèches à son arc pour qui s'intéresse à l'édition. Le jeu proposé est : "TROUVER L'AUTEUR DE CETTE PRÉFACE".

"Il s'agit de À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU éditée par FRANCE LOISIRS en 1988. PROUST, en FRANCE LOISIRS ! Il fallait y croire. En cette année 1988, ce club comptait plus de deux millions d'adhérents, presque trois, si ce n'est même davantage, acquis grâce à un catalogue et un "service clientèle" que l'on imagine pas aujourd'hui. Le choix des titres était opéré par un comité animé par un homme émérite par son esprit, son savoir et sa culture : Claude GAGNIERE, aujourd'hui disparu. (C'est avec lui que j'ai concocté quelques DICTIONNAIRES DES CITATIONS qui ont acquis une bonne renommée.)
C'est ce Claude GAGNIERE qui est allé voir L'AUTEUR pour lui demander de préfacer cette édition. Cet auteur était mon patron à l'époque et je me souviens qu'il s'était retiré pour se "replonger" dans l'oeuvre de PROUST. Il me disait quel émerveillement c'était pour lui, et de me citer les anecdotes et les traits tirés de l'oeuvre qui l'enchantaient.
Cette édition remporta un grand succès au point qu'elle fut épuisée en peu de temps : 12 volumes reliés de moleskine rouge en format 11X18.
Le feuilleton de la préface se décline comme suit :

Une vie de PROUST (4 pages recto-verso)
Une introduction de À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU (4 pages recto-verso)
Une introduction à chaque partie :
- 6 pages recto verso pour DU COTE DE CHEZ SWANN,
- 9 pages pour A L'OMBRE DES JEUNES FILLES EN FLEURS,
- 12 pages pour LE COTE DE GUERMANTES,
- 9 pages pour SODOME ET GOMORRHE,
- 12 pages pour LA PRISONNIERE,
- 11 pages pour ALBERTINE DISPARUE
- et 13 pages pour LE TEMPS RETROUVE;

Que dire de ces préfaces et introductions ? un simple constat, elles donnent envie de lire PROUST. Il s'agit là d'un travail de spécialiste... d'un professeur...mais aussi d'un écrivain qui ne s'est jamais risqué à l'être.
Bizarrement, aucune de ces préfaces ou introductions n'est signée et son nom n'apparaît nul part. Je sais que c'est lui parce qu'il me l'a dit. Pourquoi cette discrétion ? Le connaissant, je n'en suis pas surpris. Il l'avait voulu ainsi.
À lire donc et à découvrir donc, (une page par jour).

mercredi 6 août 2008

655. Fable proposée par Christian.

Les grenouilles se lassant
De l'état démocratique,
Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique.
Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique:
Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant,
Que la gent marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse,
S'alla cacher sous les eaux,
Dans les joncs, les roseaux,
Dans les trous du marécage,
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau.
Or c'était un soliveau,
De qui la gravité fit peur à la première
Qui, de le voir s'aventurant,
Osa bien quitter sa tanière.
Elle approcha, mais en tremblant;
Une autre la suivit, une autre en fit autant:
Il en vint une fourmilière;
Et leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqu'à sauter sur l'épaule du roi.
Le bon sire le souffre et se tient toujours coi.
Jupin en a bientôt la cervelle rompue:
«Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue.»
Le monarque des dieux leur envoie une grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir;
Et grenouilles de se plaindre.
Et Jupin de leur dire:« Eh quoi? votre désir
A ses lois croit-il nous astreindre?
Vous avez dû premièrement
Garder votre gouvernement;
Mais, ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier roi fut débonnaire et doux
De celui-ci contentez-vous,
De peur d'en rencontrer un pire.»

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mardi 5 août 2008

646. Le blog de Philippe Val, patron de presse.(Récit participatif) (I à VII) (avec les images)

Nouveau jeu de "récit participatif" (vous connaissez les règles) à partir de ce "fake-blog" qui a disparu et dont les sept premiers billets (du 27 juillet au 30 juillet 2008) servent de point de départ.

"(I) Un nouveau départ.

Bon débarras!

Quel morpion, ce Siné! Un vrai pot de glue.

Dix ans au moins que je tente de m’en débarrasser, sans succès. Alors je ne vais pas bouder mon plaisir. À vous, je peux bien le dire: depuis la semaine dernière, je crois que je suis un peu plus indulgent envers Radovan Karadzic et feu Slobodan Milosevic L’épuration satirique, ça a du bon. Ayé, j’ai tout nettoyé. J’ai fait mon tchetnik dans tous les bureaux de Charlie. J’ai plumé le dernier des Mohicans. Désormais ne restent que des fidèles. Ce sont un peu mes disciples. Ils sont tellement affectueux que parfois je me laisse aller à les appeler “mes toutous”."

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dimanche 27 juillet 2008

641. Figures libres.

Exercice proposé par Appois França le 27 juillet : réécrire le texte de Sine tel que vous auriez voulu le lire.

"Je commence en proposant ça, ébauche améliorable : Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter et dégradation de véhicule. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Pourtant le gamin ne risque pas gros : 4000 euros de dommages et intérêt et 260 euros de réparation que le vilain garçon, qui vient de se fiancer avec une héritière de la famille Darty, pourra payer sans trop de souffrances. »

Appois França

Nous acceptons le principe de l'exercice, mais nous nous réservons le droit de modérer les commentaires qui exposent le blog à des sanctions juridiques. (cf la définition de l'injure, de la diffamation et de la dénonciation calomnieuse dans l'art.29 de la loi du 29 juillet 1881.

mardi 17 juin 2008

599. Lettre à Anne Procureur. (2)

Ma très chère AnnePro. J'apprends avec bonheur que le deuxième billet sur L'Amour impossible (en deux siècles) vient enfin de paraître dans une excellente gazette (Le Point), et comme il le doit aussi à votre ténacité, je tenais à vous en féliciter. Le premier, anonyme, (sans doute écrit par mon "ami" Sainte-Beuve), m'avait laissé un goût amer dont je vous avais fait part dans ma précédente lettre. Celui-ci est d'autant plus agréable qu'il est signé par un auteur qui publie un livre dans la rentrée littéraire de cet automne : Jean-Paul Enthoven; il est vrai que je sens dans ses romans une certaine complicité. Transmettez également mes amitiés à Christophe Ono-Dit-Bio, le rédacteur en chef des pages culture et Franz-Olivier Giesbert, directeur de cette gazette, qui mènent tous les deux un véritable combat pour la défense de la littérature.

Votre Jules Barbey.

jeudi 12 juin 2008

593. Vous ne pouvez pas reprendre une activité normale (par Emmanuel Rabu)

Oui, c’était à peu près le premier épisode d’Écrivains en séries. En voici la suite.

Je suis parti du constat qu’on pouvait découper chronologiquement l’évolution des séries télé en trois phases.

Tout d’abord, de la fin des années 40 au début des années 70 : la naissance du genre (en France, la première série date de 1950). C’est à ce moment-là que tout s’est installé, les grands genres (sitcom, série anthologique, western…) mais aussi les canons, c’est-à-dire les structures définissant le genre. Cette première phase va de I Love Lucy à Amicalement vôtre.

Des années 70 à la fin des années 80, contrastant avec cette première effervescence, les séries créées ont un peu vécu sur leurs acquis. Pas de bouleversement majeur.

Enfin, de la fin des années 80 à nous jours, c’est la déflagrations télévisuelle que nous observons, avec une accélération à partir de 1996. C’est à cette période qu’est créée la première série d’HBO, Les Contes de la crypte, symptomatique de la liberté de ton de cette chaîne ; mais aussi Les Simpsons, Twin Peaks, etc. Et aussi, pour le pas les oublier, en France, les premières séries d’AB Production ainsi que Navarro… elles aussi symptomatiques, dans un autre genre, nous y reviendrons.

Peut-être sommes-nous aujourd’hui en train d’entrer dans une quatrième phase et est-il temps de rendre compte de cette histoire. C’est tout du moins la conclusion à laquelle je suis arrivée en constatant une profusion d’outils d’analyse ou, plus fréquemment, descriptifs, de façon éparse, mais aussi que la dernière anthologie conséquente sur les séries télé, dirigée par Martin Winckler, date d’une dizaine d’années.

Cette préoccupation en a croisée une autre, mon activité d’écriture, et l’idée est née d’hybrider revue et guide, comme l’a expliqué Laure ci-dessous. Non pas créer une somme universitaire, strictement analytique ou journalistique mais faire se confronter des singularités d’écriture avec des singularités narratives. Ce n’est donc pas un hasard si le premier texte reçu a été celui de l’auteur du Problème martien, Stéphane Bérard, sur Thibault ou les croisades, une série de 1968. Un texte sublime qui inaugure dignement cette étrange et addictive chimère…

Emmanuel Rabu

dimanche 11 mai 2008

547. Laurent Ruquier est mort.

Voici le Plateau Télé de Patrick Besson dans le dernier Figaro Magazine :

"J'interromps cette émission car Jean-Pierre Elkabbach vient de m'annoncer une nouvelle bien triste : Laurent Ruquier, notre ami Laurent, votre ami Ruquier, vient de mourir. Il m'est difficile de dire ainsi, en direct, tout ce que je ressens dans le moment présent. Laurent, ce n'était pas que le rire. Sous le comique, il y a toujours un homme et un homme, d'abord, c'est un coeur. Oui, je voudrais parler ce soir, alors que nous venons d'apprendre la mort de Laurent Ruquier, de son coeur. C'était un grand coeur. Nous tous qui étions ses amis, et vous tous qui êtes aussi ses amis, nous le savions. Nous en avons eu la preuve à maintes reprises, notamment quand Laurent a, dans son infinie générosité, ramené dans son équipe des gens dont personne ne voulait ailleurs. Je pense à Éric Naulleau, dont un parisianisme mal placé a oublié trop vite qu'il était l'auteur d'un roman ayant obtenu le prix Renaudot des lycéens. Ou à Gérard Miller, le psychanalyste qui parle tout le temps et n'écoute personne. C'était ça, Laurent : le berger qui cherche jusqu'au bout de la nuit la brebis égarée, le bon Samaritain toujours prêt à partager son eau et son mil avec le premier venu. Laurent n'était pas qu'un homme de radio et de télévision. C'était aussi un auteur de théâtre et non des moindres. Il nous faisait rire mais nous bouleversait aussi. Cet auteur complet, il est temps de le pleurer tous ensemble, sans pour autant que cela calme la brûlure de notre chagrin. Je revois son bon visage sans cesse éclairé d'un sourire brillant d'intelligence, ses yeux persans auxquels nul ridicule n'échappait. Il pourfendait, avec une acidité qui n'était jamais méchante, contrairement à d'autres jaloux de la presse écrite, les pensées toutes faites et les lieux communs de notre époque politiquement correcte. Attendez, on me passe une autre dépêche. C'est la famille de Laurent. Notre ami n'est pas mort, il est aux sports d'hiver à Courchevel. C'est en tous cas une bonne nouvelle. Nous présentons évidemment nos excuses aux proches du fantaisiste et à tous les spectateurs. En tout cas, Laurent, tu sais maintenant le bien qu'on pensera de toi quand tu ne seras plus là."

Patrick Besson.

jeudi 8 mai 2008

541. Childeric.

Pour l'Evèque de Pont L'Évèque. Monseigneur, comme vous me l'avez demandé, voici la photographie du jeune Childéric que je confie à votre haute protection. Comme Madame Rebuse a dû vous en prévenir, cet adolescent court un grand risque en cette nuit de pleine lune. Puissiez vous, Monseigneur, l'en détourner.

jeudi 1 mai 2008

529. Lettre à Anne Procureur

Lorsque je leur avais annoncé la publication de mon premier roman, L'Amour impossible, aux Éditions Léo Scheer, dans la collection Melville, mes amis m'avaient prévenu qu'il risquait de passer inaperçu. Je leur avais répondu qu'il y avait là une remarquable attachée de presse, que j'aurais des articles partout et que ses amis journalistes avaient bien l'intention de me trompeter. Quelle ne fut pas ma surprise, chère Anne Procureur, de ne lire à son sujet que cette petite note anonyme dans une obscure revue : "L'Amour impossible est un petit roman très spirituel, très raffiné, très moderne. Il s'agit d'une femme à la mode, d'une lionne qui vole son amant à une autre femme de ses amies, et qui, pourtant, n'en profite guère ; car elle et lui sont blasés, et ils ont beau faire, ils ne peuvent s'aimer. Le style, le langage, le costume et les moeurs de ce roman sont du dernier moderne ; la mode y joue un grand rôle." C'est un peu court, ne trouvez-vous pas ? Et encore, je vous épargne les quelques gros mots d'indignation et de condamnation qu'on me rapporte, par-ci, par-là, et si gros, si gros qu'en vérité je me demande si nous sommes en province aussi bêtes qu'en Angleterre, de moralité hypocrite et ennuyeuse. Devrai-je, chère Anne Procureur, me résigner à ne rien apprendre d'une Critique qui ne prend la peine que de dire le peu que cela vaut ?

Votre Jules Barbey

samedi 12 avril 2008

505. No comment.

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