dimanche 11 mai 2008
547. Laurent Ruquier est mort.
Par General, dimanche 11 mai 2008
Voici le Plateau Télé de Patrick Besson dans le dernier Figaro Magazine :
"J'interromps cette émission car Jean-Pierre Elkabbach vient de m'annoncer une nouvelle bien triste : Laurent Ruquier, notre ami Laurent, votre ami Ruquier, vient de mourir. Il m'est difficile de dire ainsi, en direct, tout ce que je ressens dans le moment présent. Laurent, ce n'était pas que le rire. Sous le comique, il y a toujours un homme et un homme, d'abord, c'est un coeur. Oui, je voudrais parler ce soir, alors que nous venons d'apprendre la mort de Laurent Ruquier, de son coeur. C'était un grand coeur. Nous tous qui étions ses amis, et vous tous qui êtes aussi ses amis, nous le savions. Nous en avons eu la preuve à maintes reprises, notamment quand Laurent a, dans son infinie générosité, ramené dans son équipe des gens dont personne ne voulait ailleurs. Je pense à Éric Naulleau, dont un parisianisme mal placé a oublié trop vite qu'il était l'auteur d'un roman ayant obtenu le prix Renaudot des lycéens. Ou à Gérard Miller, le psychanalyste qui parle tout le temps et n'écoute personne. C'était ça, Laurent : le berger qui cherche jusqu'au bout de la nuit la brebis égarée, le bon Samaritain toujours prêt à partager son eau et son mil avec le premier venu. Laurent n'était pas qu'un homme de radio et de télévision. C'était aussi un auteur de théâtre et non des moindres. Il nous faisait rire mais nous bouleversait aussi. Cet auteur complet, il est temps de le pleurer tous ensemble, sans pour autant que cela calme la brûlure de notre chagrin. Je revois son bon visage sans cesse éclairé d'un sourire brillant d'intelligence, ses yeux persans auxquels nul ridicule n'échappait. Il pourfendait, avec une acidité qui n'était jamais méchante, contrairement à d'autres jaloux de la presse écrite, les pensées toutes faites et les lieux communs de notre époque politiquement correcte. Attendez, on me passe une autre dépêche. C'est la famille de Laurent. Notre ami n'est pas mort, il est aux sports d'hiver à Courchevel. C'est en tous cas une bonne nouvelle. Nous présentons évidemment nos excuses aux proches du fantaisiste et à tous les spectateurs. En tout cas, Laurent, tu sais maintenant le bien qu'on pensera de toi quand tu ne seras plus là."
Patrick Besson.
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Pour l'Evèque de Pont L'Évèque. Monseigneur, comme vous me l'avez demandé, voici la photographie du jeune Childéric que je confie à votre haute protection. Comme Madame Rebuse a dû vous en prévenir, cet adolescent court un grand risque en cette nuit de pleine lune. Puissiez vous, Monseigneur, l'en détourner.
Lorsque je leur avais annoncé la publication de mon premier roman, L'Amour impossible, aux Éditions Léo Scheer, dans la collection Melville, mes amis m'avaient prévenu qu'il risquait de passer inaperçu. Je leur avais répondu qu'il y avait là une remarquable attachée de presse, que j'aurais des articles partout et que ses amis journalistes avaient bien l'intention de me trompeter. Quelle ne fut pas ma surprise, chère Anne Procureur, de ne lire à son sujet que cette petite note anonyme dans une obscure revue : "L'Amour impossible est un petit roman très spirituel, très raffiné, très moderne. Il s'agit d'une femme à la mode, d'une lionne qui vole son amant à une autre femme de ses amies, et qui, pourtant, n'en profite guère ; car elle et lui sont blasés, et ils ont beau faire, ils ne peuvent s'aimer. Le style, le langage, le costume et les moeurs de ce roman sont du dernier moderne ; la mode y joue un grand rôle." C'est un peu court, ne trouvez-vous pas ? Et encore, je vous épargne les quelques gros mots d'indignation et de condamnation qu'on me rapporte, par-ci, par-là, et si gros, si gros qu'en vérité je me demande si nous sommes en province aussi bêtes qu'en Angleterre, de moralité hypocrite et ennuyeuse. Devrai-je, chère Anne Procureur, me résigner à ne rien apprendre d'une Critique qui ne prend la peine que de dire le peu que cela vaut ?