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Le Blog de Marilou

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mercredi 25 août 2010

116. RL 48. La rentrée littéraire. Rodrigo Fresan

La Revue littéraire n°48 (en librairie le 25 août)
Notes de lecture/Domaine étranger

Rodrigo Fresan, Le Fond du ciel, traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon, Le Seuil, 302 pages, 21 euros

par Bernard Le Saux

Tous ceux qui ont déjà ouvert un livre de Rodrigo Fresan connaissent le goût immodéré de ce dernier pour les postfaces à rallonge. L’occasion pour lui de préciser ses intentions mais avant tout de révéler, avec un souci de quasi exhaustivité, les sources alimentant son œuvre, ces sources que beaucoup s’efforcent au contraire d’offusquer. Ce sont donc autant de coups de projecteurs qu’il donne sur des influences multiples, hautement revendiquées, et qui mettent en lumière des grands aînés appartenant le plus souvent à une littérature expérimentale radicale (Philip K. Dick, J. G. Ballard, Kurt Vonnegut…), une littérature transgénique dont il faut bien reconnaître qu’elle puise presque exclusivement au tuf anglo-saxon et semble inexistante ailleurs, notamment sous nos cieux tempérés, sauf quand l’effleure le Houellebecq de La Possibilité d’une île ou s’en réclame l’exilé Maurice G. Dantec. Ce sont encore des coups de projecteurs éclairant des influences cinématographiques (Stanley Kubrick, of course !) ou télévisuelles (la série La Quatrième Dimension), sans oublier cet activateur permanent d’inspiration constitué par un fond musical où le rock – des Pink Floyd aux Beatles en passant par Lloyd Cole – se taille la part du lion.

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mardi 24 août 2010

115. RL 48. La rentrée littéraire. Domaine étranger (1) : Goolrick, Nilsson & Mosby

La Revue littéraire n°48 (en librairie le 25 août)
Notes de lecture/Domaine étranger

1. Robert Goolrick, Henrik B. Nilsson & Katherine Mosby

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lundi 23 août 2010

114. RL 48. La rentrée littéraire. Will Self

La Revue littéraire n°48 (en librairie le 25 août)
Notes de lecture/Domaine étranger

Photographie : Will Self (© Chris Close).

Will Self, Le Livre de Dave, traduit de l’anglais par Robert Davreu, L’Olivier, 542 pages, 25 euros

par Vincent Wackenheim

Voilà un roman d’ingénieur, mais noir, et minutieusement construit, et joueur, un puzzle fait de deux histoires qui s’enchevêtrent, se nourrissent et se répondent, huit chapitres autour de la vie de Dave Rudman, chauffeur de taxi à Londres, et huit autres autour du prophète Gus, de Carl et d’Antonë, et des figures post-apocalyptiques qui vivent dans ce qui reste d’une Angleterre d’après le déluge, un chapelet d’îles appelé Ing pour Ingleterre, et la société sera obscurément religieuse, tout entière dévolue au culte de Dave et son Livre, meurtrière et mortifère, brutale et pas vraiment joyeuse.
Une construction qui tient de l’escalier à double révolution de Chambord : on gravit simultanément les deux volées de marches et on se fait des signes de la main par les jours de la narration, qui apparaissent et disparaissent au fur et à mesure que l’on progresse. Et pour rendre la construction plus à même de tenir le lecteur éveillé, chaque histoire se déploie en ordre dispersé, je veux dire sans respecter la marche habituelle de la chronologie, à la manière des quatre journées du Bruit et la Fureur.

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jeudi 19 août 2010

113. RL 48. La rentrée littéraire. Premiers romans (2) : Coulomb, Bantegnie & Bramly

La Revue littéraire n°48 (en librairie le 25 août)
Notes de lecture/Premiers romans

2. Jean-François Coulomb, Gaëlle Bantegnie & Carmen Bramly

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112. RL 48. La rentrée littéraire. Premiers romans (1) : Berest & Lapparent

La Revue littéraire n°48 (en librairie le 25 août)
Notes de lecture/Premiers romans

1. Anne Berest & Noémie de Lapparent

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mercredi 18 août 2010

111. RL 48. La rentrée littéraire. Bret Easton Ellis

La Revue littéraire n°48 (en librairie le 25 août)

Steven Sampson est né en 1957 à Milwaukee, aux États-Unis. Après avoir étudié la littérature anglo-américaine à Harvard et le journalisme à Columbia, il a travaillé pendant dix ans dans l’édition à New York. En 2008, il a obtenu un doctorat à Paris VII pour une thèse sur Philip Roth. Il a récemment achevé un essai littéraire, Corpus Rothi, qui défend l’idée que l’œuvre de Roth peut être lue comme une parodie du Nouveau Testament avec Philip Roth dans le rôle du Christ. Pour l’instant, Corpus Rothi reste inédit. Collabore à La Revue littéraire (ici et ) et à L’Infini (« Le Rouge et le Porte-noir », à propos de Portnoy et son complexe, numéro 109, hiver 2010).

Photographie : Bret Easton Ellis (© Broadsheet Melbourne).

Steven Sampson

Imperium californium

Imperial Bedrooms de Bret Easton Ellis

(Alfred A. Knopf, New York, 2010. Traduction française : Suite(s) impériale(s), traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Guglielmina, Robert Laffont, « Pavillons », 234 pages, 19 euros (en librairie le 16 septembre).)

You can checkout any time you like,
but you can never leave !
« Hotel California », The Eagles
(« Tu peux régler la note quand tu veux, mais tu ne peux jamais partir ! » Traduction de l’auteur.)

La Californie est un pays virtuel, un état d’esprit. C’est un hôtel où les chambres ne peuvent être louées : elles sont déjà vendues. Un club dans lequel les membres naissent et demeurent toute leur vie. À l’Hôtel California, la seule vie qui mérite d’être vécue est celle qui est réfléchie. Nous prenons bien sûr ce mot dans son sens physique : le reflet qu’un corps peut jeter sur un autre, ou sur une pellicule. À l’intérieur du club, les caméras tournent en permanence, comme dans Loft Story. Les lofteurs sont eux-mêmes les propriétaires du loft, les producteurs de l’émission dont ils détiennent tous les droits. Lorsque, de temps en temps, l’un d’entre eux se fait éjecter, il meurt. Extra muros, les caméras ne tournent pas, on n’est pas filmé, on n’existe plus.

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lundi 16 août 2010

110. RL 48. La rentrée littéraire. Entretien avec Katrina Kalda

La Revue littéraire n°48 (en librairie le 25 août)

Katrina Kalda est née en 1980 en Estonie. Elle a étudié les lettres à l’École normale supérieure de Lyon. Elle vit et travaille en France. Un roman estonien est son premier roman.

Photographie : Tallinn vu du ferry Stockholm-Tallinn (DR).


Katrina Kalda

Un roman estonien

Entretien avec Florent Georgesco

(Propos recueillis par courrier électronique le 13 juillet 2010)

Florent Georgesco : Je ne peux commencer notre conversation autrement qu’en vous demandant de me raconter l’histoire de ce texte, et donc un peu de la vôtre. D’abord, le français est-il votre langue maternelle ? Si ce n’est pas le cas, quels chemins vous ont conduite à devenir un écrivain français ?

Katrina Kalda : Non, le français n’est pas ma langue maternelle ; je suis née en Estonie, de parents estoniens. J’ai appris le français plus tard, à notre arrivée en France, lorsque j’avais dix ans. Ceci étant dit, il me semble souvent que le français est ma première langue, non seulement parce que j’ai grandi et étudié en France, et donc également beaucoup lu en français, mais aussi parce que mon rapport au français est beaucoup plus simple que celui que j’entretiens avec l’estonien. En dehors du fait que je serais sûrement incapable de produire un texte littéraire en estonien, dont j’ai une approche beaucoup moins « savante », il me semble qu’écrire dans sa langue maternelle est quelque chose de très compliqué, et je me demande parfois comment font les écrivains qui y parviennent ! Par ailleurs, le français est une langue faite par et pour l’écriture ; cela est d’autant plus évident pour quelqu’un qui est né dans une langue finno-ougrienne, longtemps restée exclusivement orale, ce dont semble témoigner sa graphie elle-même ; c’est donc une chance d’avoir pu apprendre le français.

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109. Flaubert, au secours ! par Gabriel Matzneff

Gabriel Matzneff et sa charmante webmistress ont mis en ligne ce matin sur matzneff.com la chronique ci-dessous, qui est un texte lumineux, et particulièrement salutaire dans une aussi lugubre période. Elle tombe d'ailleurs à point nommé pour ressusciter ce blog.

En ces jours de l’Assomption (comme disent les catholiques) ou de la Dormition (comme disent les orthodoxes) de la Vierge Marie, on a plus que jamais chanté dans les églises de la chrétienté ce superbe chant du Magnificat où la Mère de Dieu nous annonce que Celui-ci « a dispersé les superbes, renversé les puissants et élevé les humbles ».
Curieusement, c’est cette période bénie du mois d’août que le gouvernement français choisit pour opérer des rafles parmi ces plus humbles parmi les humbles que sont les Rom, pour ressortir ces serpents de mer de l’extrême droite que sont la distinction entre Français de souche et Français d’origine étrangère, l’exaltation du droit du sang aux dépens du droit du sol.
Pour qu’ils gardent la tête claire, je ne puis que recommander à ceux qui font confiance en mon jugement de relire mes ouvrages politiques, en particulier les chapitres intitulés « Les métèques », « Déroulède-minute » et « L’Infréquentable » dans Le Dîner des mousquetaires (1995), l’ensemble de Vous avez dit métèque ? (2008), et aussi le chapitre sur Flaubert dans Maîtres et complices (1994) où je cite ce fragment de sa lettre du 12 juin 1867 à George Sand :
« Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la Haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. »
Je ne saurais mieux dire.
Il y a donc deux camps : l’un, celui de monsieur le ministre de l’Intérieur, et l’autre, celui de la Sainte Vierge, de Gustave Flaubert et du sottoscritto.
A vous de choisir, mais à votre place, je n’hésiterais pas.
Bon mois d’août, et merci à ceux d’entre vous qui m’ont présenté leurs vœux de joyeux anniversaire.

lundi 17 mai 2010

108. Table ronde Darrieussecq à l'EHESS

Je participerai vendredi prochain à une table ronde sur le fameux Rapport de police de Marie Darrieussecq et les polémiques qu'il a ou n'a pas soulevées, sur celles, en tout cas, qu'il aurait dû soulever, ce dont nous ne nous ferons pas faute, je pense. En voici l'invitation et l'argumentaire :

Rapport de police : quel débat ?
Table ronde organisée par Luba Jurgenson et Philippe Mesnard
dans le cadre des activités du CRAL (Centre de recherches sur les arts et le langage – CNRS-EHESS)

21 mai 2010
École des Hautes Études en Sciences Sociales
54, boulevard Raspail, salle 524
18h – 20h

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jeudi 13 mai 2010

107. RL 46. Alain Nadaud, Exegi monumentum

La Revue littéraire n°46, mai 2010

Alain Nadaud est né à Paris en 1948. Auteur d’une vingtaine de livres (romans, essais, nouvelles), il a été éditeur, directeur du Bureau du livre de l’Ambassade de France en Tunisie et attaché culturel au Consulat général de France à Québec. Il vit actuellement en Tunisie. Derniers ouvrages parus : Les Années mortes (Grasset, 2004), Le Vacillement du monde (Actes Sud, 2006), Si Dieu existe (Albin Michel, 2007) et Le Passage du col (Albin Michel, 2009). À paraître en octobre 2010 : La Plage des demoiselles (Éditions Léo Scheer).
Dans La Revue littéraire : n°5 (août 2004) et n°6 (septembre 2004).

Photographie : Georges Salameh, La Tour de Babel muette.

Alain Nadaud

Exegi monumentum 1

Je pose à l’instant même – c’est-à-dire rien moins qu’au moment où ces lettres se forment – la première pierre d’un ouvrage dont j’ignore tout : d’abord, si j’en viendrai à bout – mais ça j’ai l’habitude ! Ensuite, quel sera le nombre de semaines, sinon de mois, qui me seront nécessaires pour en ajuster les éléments ; enfin, s’il sera de format réduit ou de vastes proportions, de bel appareil et à l’aplomb, avec des pierres bien ou mal équarries. C’est que je cours aussi le risque qu’il ne dépasse jamais le stade de la simple cabane de chantier.
Mais, avant de décrire la forme que prendra cet ouvrage au fur et à mesure de sa construction, il me faut évoquer le terrain que j’ai choisi. Enfin, « choisi » est un bien grand mot ! Disons, plutôt, le lot tel qu’il m’a été imparti.
Par pudeur, je tairai le nombre de mois, sinon d’années, que le bureau du cadastre a mis pour accéder à ma demande, et à combien de reprises les plans que j’ai proposés ont été retoqués. À chaque fois, retour à la photocopieuse, mise sous enveloppe d’une nouvelle version de l’ouvrage, attente au guichet de la poste pour procéder à son affranchissement… Sans nouvelles, et timide comme je le suis, il faut que je me fasse violence pour appeler la secrétaire au téléphone : de façon invariable, on me répond que la personne en charge du dossier est soit déjà en ligne, soit en rendez-vous ; ou alors qu’elle vient à l’instant de quitter le bureau et qu’on me rappellera. Ce n’est pas sans condescendance, et avec un rien d’énervement, qu’on ajoute que je suis loin d’être le seul postulant ; qu’il faut que je prenne patience car il y a pléthore de candidats ; sans compter que l’éventail des possibilités n’est pas non plus très étendu.

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lundi 10 mai 2010

106. RL 46. À la recherche de Tony Duvert. Entretien avec Gilles Sebhan

La Revue littéraire n°46, mai 2010
(Propos recueillis par courrier électronique le 9 avril 2010)

À propos de Tony Duvert. L'Enfant silencieux de Gilles Sebhan (Denoël, 2010).

Gilles Sebhan est l'auteur de Haut risque (Parc, 2003), Presque gentil (Denoël, 2005), La Dette (Gallimard, 2006) et Fête des pères (Denoël, 2009).

Photo issue du site de Dennis Cooper : DC's.

Gilles Sebhan

À la recherche de Tony Duvert

entretien avec Florent Georgesco

Florent Georgesco : Tony Duvert est mort pendant l’été 2008, à une date qu’on ne connaîtra jamais, puisqu’il était à ce point seul que lorsqu’on l’a retrouvé, son cadavre était dans une décomposition avancée. Je suis désolé de commencer en des termes si brutaux, mais telle est la réalité, telle est cette vie. Duvert avait alors 63 ans. Il avait disparu de la scène littéraire depuis deux décennies. C’est en quelque sorte le long silence dans lequel il s’était enfermé qui vous a conduit à écrire ce livre, où vous le fouillez, le retournez en tous sens pour y découvrir la vérité de cet homme si parfaitement singulier. Vous écrivez que vous aviez désiré, quelques années auparavant, le retrouver dans sa retraite. C’est ce que vous faites aujourd’hui, alors qu’il est trop tard.

Gilles Sebhan : J’avais une vingtaine d’années quand j’ai découvert l’œuvre de Tony Duvert. J’ai tout de suite été frappé par le beau scandale de son écriture. Récidive, Journal d’un innocent ou Quand mourut Jonathan avaient pour moi la force des grands textes et une liberté de ton peu commune. Mais bien sûr, un autre scandale frappait d’emblée : c’est que Tony Duvert ne publiait plus. À l’époque, on pouvait encore penser qu’il s’agissait d’un silence provisoire. Peu à peu ce silence s’est appesanti. Parfois je parlais avec tel ou tel du mystère qui était en train de se faire autour de cet auteur, nous disions que nous pourrions aller lui rendre visite, comme Burroughs et Kerouac sont allés voir Céline dans sa retraite de Meudon. Nous le disions sans jamais le faire. Nous ne savions pas où il pouvait se trouver. La seule légende qui circulait, c’est qu’il était reclus en province. Aujourd’hui, je me dis que cette idée d’aller voir Tony Duvert était une folie. Il n’avait pas besoin de nous, lui qui s’était coupé de ses plus proches amis. Le temps a passé, j’ai commencé à publier des livres. Et puis, à l’été 2008, la nouvelle de sa mort, des conditions de sa mort, m’a frappé de plein fouet, comme un nouveau et plus terrible scandale. Non pas tant sa mort bien sûr que le silence autour de sa mort, d’emblée. J’avais toujours pensé qu’au moins sa mort déclencherait un intérêt pour son œuvre. Mais j’ai bien compris que la mort de Tony Duvert était en train de parfaire sa disparition en tant qu’écrivain. C’est ce qui a déclenché en moi la volonté d’organiser un hommage. Je n’ai donc pas tout de suite pensé à écrire un livre, cette idée est venue quelques mois plus tard. J’avais rencontré des gens, j’avais appris des choses sur Tony Duvert, et brusquement le livre est venu. Il s’est imposé, je ne peux pas le dire autrement. En deux mois, il était fait.

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105. RL 46. Natashka Moreau, En silence et transparence

La Revue littéraire n°46, mai 2010

Natashka Moreau naît à Suresnes en 1978. Elle apprend à lire et à écrire à Paris. En 1986, elle se retrouve à Marseille où elle apprend le piano. À ses 18 ans, elle passe de l’autre côté de la Manche. Elle y apprend l’art, mais se rend compte que lire et écrire est ce qu’elle chérit le plus. Elle publie son premier roman, Le Royaume minuscule, en janvier 2007. Suit, en septembre 2009, Se hisser. En silence et transparence est sa première nouvelle publiée.

Photo : Andrius Jonaitis.

Natashka Moreau

En silence et transparence

Le corps à plat, j’étendais mes bras et regardais droit devant moi, en rase-mottes, afin que le clapotis auquel je contribuais, en même temps qu’une dizaine d’autres personnes, occupât la majorité de mon champ visuel. L’eau bleue et légèrement éblouissante remuait de manière désordonnée comme des doigts inspirés sur un clavier souple et c’est ainsi, les lèvres hermétiquement pincées l’une contre l’autre, les narines planant au-dessus de la surface, que je nageais, consciencieusement, aspirant quelquefois, inévitablement, des particules d’eau que j’essayais ensuite de recracher sans me faire remarquer. De toute façon, le maton roupillait sous son gros bonnet à visière, pendant que ses jambes, qu’il avait tenu à laisser sans protection, frémissaient au vent (quand il tressaillait, réveillé par le froid, il frottait le pelage hirsute de ses jambes nues et ne s’occupait nullement de mes petits crachats).

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dimanche 18 avril 2010

104. RL 45. Steven Sampson, Monofiction I. À propos d'Indignation de Philip Roth

La Revue littéraire n°45, avril 2010

Après une étude du dernier roman de Philip Roth paru en français, Exit le fantôme, par laquelle il a commencé sa collaboration à La Revue littéraire, où il tiendra désormais la chronique des événements littéraires anglo-saxons, Steven Sampson nous fait découvrir les deux nouveaux romans du grand écrivain américain, qu'inexplicablement son éditeur français traîne à traduire : Indignation (2008) et The Humbling (2009), qu'il traitera dans le numéro 46.

Steven Sampson est né en 1957 à Milwaukee, aux États-Unis. Après avoir étudié la littérature anglo-américaine à Harvard et le journalisme à Columbia, il a travaillé pendant dix ans dans l’édition à New York. En 2008, il a obtenu un doctorat à Paris VII pour une thèse sur Philip Roth. Il a récemment achevé un essai littéraire, Corpus Rothi, qui défend l’idée que l’œuvre de Roth peut être lue comme une parodie du Nouveau Testament avec Philip Roth dans le rôle du Christ. Pour l’instant, Corpus Rothi reste inédit. Collabore à La Revue littéraire et à L'Infini (« Le Rouge et le Porte-Noir », à propos de Portnoy et son complexe, numéro 109, hiver 2010).

Photo : Philip Roth (© Douglas Healey/AP).

Steven Sampson

Monofiction I

L’éternel retour du fantôme
À propos d’Indignation de Philip Roth

Le fantôme est mort, vive le fantôme.
Après avoir disparu à la fin d’Exit le fantôme (1), le voilà de retour dans Indignation (2), sa troisième apparition de suite comme narrateur d’un roman rothien. Il illustre le précepte de Faulkner : « Le but de la vie, c’est de se préparer à rester mort très longtemps (3). »
En fait, son véritable but n’est pas de rester mort mais de rester mort-vivant. Son retour à chaque rentrée littéraire lors de la sortie d’un nouveau livre de Roth s’accompagne d’un nouveau retour en arrière de sa part. L’éternité sert à cela : à revivre éternellement sa vie.

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samedi 17 avril 2010

103. RL 45. Un roman inconnu de Graham Greene. Entretien avec François Gallix

La Revue littéraire n°45, avril 2010
(Propos recueillis par courrier électronique en février 2010)

François Gallix est professeur émérite de Littérature contemporaine de langue anglaise (Paris IV-Sorbonne) et codirecteur de l'ERCLA. Il est l'auteur de livres et d'articles sur différents romanciers du XXe siècle, parmi lesquels D. H. Lawrence, Joseph Conrad, Ford Madox Ford, Graham Swift ou Kazuo Ishiguro ; on peut citer, en particulier, The Power and the Glory, Le Credo de Graham Greene (Ellipses, 2006) et (avec Vanessa Guignery) Plus sur Greene (Atlande, 2007).

Photo : Graham Greene (source : The Guardian).

François Gallix

Un roman inconnu de Graham Greene

Entretien avec Isabelle Viéville Degeorges

Isabelle Viéville Degeorges : Cher François Gallix, vous êtes professeur émérite de littérature anglaise à la Sorbonne, où vous animez l’ERCLA (centre de recherche sur les « Écritures du roman contemporain de langue anglaise »), mais également traducteur, de l’anglais vers le français. À tous ces titres, aucune des arcanes de la littérature anglo-saxonne actuelle ne vous est inconnue. Mais surtout, vos recherches autour de Graham Greene vous ont récemment amené au Graal de tout chercheur : une découverte authentique. C’était à Austin, au Texas.

François Gallix : En 2007, La Puissance et la Gloire était au programme de l’agrégation et j’ai voulu travailler sur le manuscrit de ce roman écrit par Greene en 1939, conservé à l’université d’Austin, au Texas, où se trouve une grande partie des archives de Greene : manuscrits, tapuscrits, carnets, brouillons, correspondance, agendas, scénarios, livres écrits et lus (souvent annotés), une vraie mine pour le chercheur amateur de paléographie et à l’affût de découvertes ! Je suis resté un mois et j’ai pu consulter la totalité de ce fonds unique, en me concentrant plus particulièrement sur certains textes. J’ai alors constaté qu’une longue nouvelle policière de Greene (ou un bref roman : 5 chapitres, 56 pages manuscrites, 70 pages dans la transcription), « The Empty Chair » (« La Chaise vide ») (1), n’avait été recensée dans aucune des biographies de Greene (pourtant fort volumineuses), ni exploitée – peut-être parce qu’elle est incomplète et assez difficile à déchiffrer. Greene lui-même, contrairement à ses habitudes, semble ne jamais s’y être référé, ni dans ses carnets, ni dans ses textes autobiographiques, ni dans sa correspondance où il avait pourtant l’habitude de commenter au jour le jour ce qu’il écrivait.

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vendredi 16 avril 2010

102. RL 46. BAT

Le numéro 46 de la revue, par lequel celle-ci entre dans sa septième année, vient d'être envoyé à notre imprimeur. Il sera en librairie le 5 mai.

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