Accueil
Nous contacterPlan du site
Actualité
Catalogue
A paraître
Collection Laureli
Écrivains en séries
Collection melville
La Revue Littéraire
M@nuscrits
leoscheer.TV
Blog des ELS
Blog de Léo Scheer
Blog Revue Littéraire
Blog de LaureLi
Blog-M@n
Le Blog de Marilou

La Revue Littéraire Le Blog de Marilou

jeudi 31 décembre 2009

53. Raymond Federman, Le dernier combat de la littérature

Nous avons eu la chance, dès les premiers numéros, de publier des textes de Raymond Federman, qui nous a fait cette année la mauvaise blague de mourir. Je tenais à commencer cette première série de mise en ligne d'archives avec lui, en signe amical adressé au hasard, mais dont j'aimerais qu'il puisse le percevoir, si son actuelle transmutation le permet, et si remercier quelqu'un pour ce qu'il était peut avoir un sens.
Il s'agit d'une conférence qu'il a donnée en Roumanie en 2003. Elle est assez claire pour se passer d'introduction. Elle est, d'autre part, assez profonde pour rester actuelle.

La Revue littéraire n°2, mai 2004

Raymond Federman

Le dernier combat de la littérature

traduit de l'anglais par Laurent Marty

En tant qu’écrivain, écrivain américain – bien que l’anglais ne soit pas ma première langue et que j’écrive à la fois en anglais et en français, je me considère comme un écrivain américain –, je ne peux parler que d’où je vis et écris, mais je pense qu’il m’est nécessaire de me situer, intellectuellement, par rapport au thème dont je vous entretiendrai ce soir, lequel pourrait être : le prophète déchu ou la littérature en crise dans le nouveau siècle.
Je ne dois pas me tromper de beaucoup en pensant que ce titre suggère, face aux grands changements sociaux, politiques et technologiques qui ont eu lieu dans le monde au siècle passé, face à ce monde en ébullition, que la littérature, au lieu d’être en phase avec le nouveau siècle, est en danger – en grave danger – de n’être plus qu’inefficace et obsolète, en grave danger d’extinction. Ainsi est-il essentiel et urgent pour ceux qui croient encore à la littérature, ceux qui la pratiquent encore, ceux qui continuent à commettre des livres, d’affronter cette crise et ce danger, et de puiser aux sources vives de la littérature pour assurer sa survie. En d’autres termes, il est urgent pour la littérature de livrer combat afin qu’elle puisse continuer à exister dans le monde et faire ce qu’elle a toujours fait : s’emparer du monde, représenter le monde, expliquer le monde, clarifier le monde, le réinventer. Il est urgent que la littérature résiste, même s’il s’agit là de son dernier combat.

Lire la suite

52. Entre-temps

La splendide photo ci-dessous en témoigne : le numéro 42 est imprimé, il commence à être livré aux libraires et envoyé aux journalistes, il sera bien en librairie à la date prévue – pour les distraits : le 13 janvier. Et pendant que l'année s'achevait, une première étape de notre nouvelle formule était franchie, l'ensemble des textes du sommaire se trouvant désormais en ligne. Nous passons donc à autre chose, selon un rythme qui deviendra la loi de ce blog, où alterneront mise en ligne des éléments du numéro à venir, résurrection d'archives et différentes sortes de bavardages. Les premiers textes du numéro 43 devraient apparaître vers la fin de la semaine prochaine ; entre-temps, je plongerai dans mes cartons et en sortirai quelques merveilles, comme un Père Noël retardataire, ou plutôt, donc, comme un archiviste consciencieux ; et de surcroît interviendrai au petit bonheur. Tension et relâchement, flux tendu et promenades seront nos mouvements habituels, ou nos mamelles, si vous préférez : on sait bien depuis Sully qu'elles vont toujours par deux.

mercredi 30 décembre 2009

50. RL 42, sortie des presses

mardi 29 décembre 2009

47. RL 42. Ruth Klüger, Perdu en chemin

Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".

Ruth Klüger, Perdu en chemin, traduit de l’allemand par Chantal Philippe, Viviane Hamy, 250 pages, 20 euros

par Anne Procureur

« À mesure qu’on vieillit, les fantômes s’éloignent. » Ainsi débute l’autobiographie sans concession de Ruth Klüger. Cette femme passionnée n’aura cessé durant toute son existence d’être en colère, une colère salutaire qui l’aura sauvée des camps nazis. Et, dans une moindre mesure, de l’étroitesse d’esprit de l’Amérique des années 50. Dans son premier livre, Refus de témoigner, sorti en 1997 chez le même éditeur, elle faisait le récit de son enfance meurtrie par les événements politiques de l’époque. Née en 1931 à Vienne, dans une famille juive et pauvre (elle écrit « Pourquoi ai-je connu toute ma vie tant de juifs pauvres s’il y en a tant de riches, paraît-il ? »), elle connaîtra le sort de millions de personnes et son cortège de séparations, de peurs, de fuites, de violences, d’abandons et de chagrins. Après avoir échappé à Auschwitz-Birkenau et perdu père et frère, Ruth Klüger quittera l’Autriche pour les États-Unis. Perdu en chemin reprend le fil de l’histoire passionnante de cette femme, qui jamais ne baissa les bras.

Lire la suite

49. RL 42. Nasir Jones : un prophète

Manuel Goldman

Nasir Jones : un prophète

Au début des années 80, Nas, de son vrai nom Nasir Jones, est fan des cinq frères Jackson. Il vit dans l’une des cités de Queensbridge qui s’étend sur quatre-vingt-seize bâtiments, répartis en six blocs. Queensbridge est le foyer des rappeurs Mc Shan, la vraie Roxanne Shanté et du Juice Crew, les rivaux de BDP, le groupe de rap du Bronx le plus puissant de New York à l’époque. Queensbridge est un vrai panier de crabes dans lequel il est impossible d’éviter la pluie, où le réel est un salopard et où les jeunes dealent dans des trous en brique.
L’été 1983 est marqué par Thriller. C’est l’acmé de Michael Jackson et son succès le plus incroyable. Quincy Jones, son producteur, en fait tirer six 45 tours. On n’avait jamais vu ça en Amérique. Les cités du Queens et les autres quartiers vivent au son de « Human Nature », la face B du single, que les nègres préfèrent à « Baby Be Mine ». L’été 1983 sera inoubliable, comme dans la chanson de Nat King Cole. Comme tous les étés de New York. Un été que les gosses du centre de détention pour mineurs Spofford manqueront une fois de plus. C’est l’été où sort Scarface. Ce film bouleverse les garçons du Queens bien plus que la bible. Les nègres mettront cinq ans à faire de ce film une réalité, grâce à une brillante idée : cuisiner la coke à l’eau et au bicarbonate, en faire un soufflé de cailloux stupéfiant qu’on vendra bon marché. C’est l’arrivée du crack en Amérique.

Lire la suite

48. RL 42. Stéphanie des Horts, La Panthère

Voici, comme nous l'avons fait pour Christophe Henning, une présentation du nouveau livre d'une des critiques qui nous font l'honneur de nous donner des notes de lecture, Stéphanie des Horts. C'est une joie de singulière de voir nos collaborateurs publier : une revue est faite pour que des talents y éclosent, et ils éclosent en effet, ils ne cessent d'éclore.

Stéphanie des Horts, La Panthère : Le roman de Jeanne Toussaint, Jean-Claude Lattès, 250 pages, 17 euros (à paraître en février 2010)

par Cécilia Dutter

Jeanne Toussaint, c’est l’histoire d’une destinée. D’une vie. D’une œuvre devrait-on dire tant celle-ci fut construite d’une main de maître et d’une poigne d’acier. Fulgurante trajectoire en effet que celle de cette jeune Flamande née avec le XXe siècle, fille d’une simple dentelière, et qui deviendra plus tard la reine des joaillières tout comme la joaillière des rois.

Lire la suite

46. RL 42. Valentine Goby, Des corps en silence

Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".

Valentine Goby, Des corps en silence, Gallimard, 144 pages, 17 euros

par Géraldine Barbe

Quelques jours plus tôt Claire a quitté son mari Alex, aujourd’hui elle part vraiment, définitivement, une valise et sa fille de cinq ans sous le bras ; point de retour en arrière envisageable, elle ne rentrera plus à la maison. La mère et la fille, qui ne sait rien mais sans doute comprend tout, errent dans Paris sous le soleil, en voiture puis en métro, au cinéma, à la Défense, au restaurant… Le passé, les souvenirs ressurgissent, et leur lot de questions : comment a-t-elle commencé à aimer Alex ? comment a-t-elle compris qu’elle ne l’aimait plus ? d’ailleurs, l’a-t-elle vraiment aimé, cet homme, à part ses mains ? et qu’est-ce que l’amour, si ce n’est s’aimer soi-même dans le regard de l’autre ? La projection d’un avenir sans amour, le désir de protéger sa fille… un flot de pensées mélancoliques et sans espoir assaille Claire et l’obsède d’un bout à l’autre de la journée, jusqu’à l’endormissement, dans un hôtel de banlieue, auprès de sa fille.

Lire la suite

45. RL 42. Dominique Fabre, J’aimerais revoir Callaghan

Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".

Dominique Fabre, J’aimerais revoir Callaghan, Fayard, 224 pages, 17,90 euros

par Stéphanie des Horts

C’était à l’internat, des moments, comme ça, qui n’ont l’air de rien et qui bouleversent toute une vie. Lui, il s’appelait Jimmy Callaghan, eux ils l’appelaient l’Anglais parce qu’il était anglais et que c’est une raison valable. Callaghan, le narrateur ne l’a jamais oublié. Peut-être parce qu’il était le premier à avoir perdu son père, peut-être parce qu’il a osé le crier très fort, que son père c’était tout pour lui, même s’il buvait, et puis sa tante Myriam avait des yeux bleus délavés, des yeux qu’il aimait. Il ne s’est jamais senti français, Callaghan, ou bien est-ce sa mère qui n’a pas su y faire. Callaghan ou la légende. Il fumait des Benson mais n’avait rien contre la marijuana. Il avait des dettes envers les pensionnaires et des ennemis qui voulaient lui faire la peau. Callaghan, un nom de héros de western, le premier à faire une fugue, un trou dans le grillage, les flics à ses trousses et la forêt de Saint-Cucufa pour seul repaire. Callaghan, un jour il n’en reste plus que des souvenirs, le narrateur est passé de 15 ans à 40 sans s’en être vraiment rendu compte.

Lire la suite

lundi 28 décembre 2009

44. RL 42. Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson, Correspondance

Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".

Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson, Correspondance, traduit de l’anglais par Thierry Gillybœuf (édition bilingue), Éditions du Sandre, 290 pages, 28 euros

par Julien Pessot

Ce qu’il y a de fascinant avec la correspondance entre deux éminents esprits, ce n’est pas l’opportunité qu’on fait souvent miroiter de découvrir la genèse de leurs grands concepts ou de leurs grands desseins – c’est dans les brouillons des œuvres qu’il faut chercher cela – mais l’ouverture faite à travers la « croûte de la renommée », comme disait Valéry. Dans les lettres, on est quotidien, affectif, trivial : on découvre une proximité et surtout une manière de concevoir et de pratiquer l’intimité qui est à chaque fois originale. L’écriture privée et libre de la lettre ne s’embarrasse pas des mêmes contraintes que le texte publié. Il n’y a pas de censure, pas d’interdits, pas de bienséance. On entre dans une sphère toute particulière qui nous révèle, bien plus que les dessous de l’œuvre, ce qui fait l’homme.

Lire la suite

43. RL 42. Hair 140

Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier".

Collectif, Hair 140, Galerie L 140, 10 euros

par Arnaud Bongrand

Amis du hair, bienvenus ! Le hair, c’est-à-dire le cheveu, la chevelure, le poil… dans tous ses excès, ses formes les plus folles…

Lire la suite

42. RL 42. Nam Lé, Le Bateau

Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".

Nam Lé, Le Bateau, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon, Albin Michel, 362 pages, 22 euros

par Stéphanie des Horts

Iowa. Un jeune écrivain d’origine vietnamienne a quitté son pays, l’Australie. Il a trois jours pour écrire une nouvelle mais son père débarque. Son père qu’il n’a pas vu depuis trois ans. Tellement de non-dits, de choses cachées, le Vietnam, les Américains qui massacrent les Viêt-Cong… et le jeune homme écrit l’histoire de son père, et le père détruit la nouvelle, nous sommes en Amérique.
New York. Revoir Élise, sa fille, son amour. La dernière fois, elle avait 1 an. Sa mère l’a emmenée en Russie. Lui, il n’a eu que ses yeux pour pleurer. Bien sûr il y avait l’amour d’Olivia et puis la peinture. Mais aujourd’hui Olivia est morte, la peinture il n’y arrive plus et on vient de lui trouver un cancer. Alors quand Élise, sa fille, la célèbre violoncelliste de 18 ans, vient jouer à Carnegie Hall, il se précipite. Mais Élise refuse de le voir.

Lire la suite

41. RL 42. Morgan Sportès, L’Aveu de toi à moi

Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".

Morgan Sportès, L’Aveu de toi à moi, Fayard, 346 pages, 19,90 euros

par Christophe Henning

Le nouvel héros de Morgan Sportès portait, inscrite à son ceinturon, la devise des SS : « Mon honneur s’appelle fidélité ». Mais son histoire en est l’antithèse. Rubi passe sa vie à fuir, à trahir, à retourner sa veste, comme une course éperdue, suicidaire. Antihéros, donc, mais figure dramatiquement humaine et versatile, faible et arrogante, le personnage de L’Aveu de toi à moi est attachant et horripilant, singulier et pitoyable.
L’auteur-narrateur prévient dès les premières pages qu’il est un arrangeur : à ses débuts professionnels, il s’emparait des faits divers pour en faire un drame, une histoire rocambolesque qui alimentait les feuilles de la presse à sensation. Quand il écoute les confidences de Rubi, ne s’exerce-t-il pas à la même transfiguration des choses ? « Ce n’est donc pas un roman qu’ici j’écris (j’en ai composé par ailleurs). J’essaie seulement, en tentant de remettre de l’ordre, ne serait-ce que chronologique, dans ce que je sais de la vie de Rubi, d’y voir plus clair dans la mienne. »

Lire la suite

40. RL 42. Max Jacob, Lettres à un jeune homme

Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier".

Max Jacob, Lettres à un jeune homme, Éditions Bartillat, 144 pages, 14 euros

par Stéphanie des Horts

Au crépuscule de sa vie, Max Jacob se retire en province et se lance dans une correspondance avec, disons-le tout bonnement, le monde entier. Car même reclus et diminué, l’écrivain s’intéresse à la société et aux hommes qui la font. Parmi ses destinataires, un jeune potier apprenti-poète, qui s’en vient quérir quelques conseils auprès du maître.
Max Jacob se prend au jeu, il est ravi. « Ma foi ce poème est sincère et n’a pas trop de lieux communs… essayez d’être vrai, de sentir juste et de trouver le mot qui peint, qui définit… mais surtout imaginez, inventez ! Personne n’imagine, ni n’invente ! La littérature se meurt d’inanition ! »

Lire la suite

39. RL 42. Jacques Chessex, Le Dernier Crâne de M. de Sade

Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".

Nous apprenions avec tristesse, en octobre, la mort soudaine du grand écrivain suisse Jacques Chessex, dont paraîtra début janvier le premier posthume, dont nous tenions à rendre compte, en manière d'hommage ; d'autres occasions s'offriront bien sûr de revenir sur cette œuvre importante.

Jacques Chessex, Le Dernier Crâne de M. de Sade, Grasset, 172 pages, 12 euros

par Ania Vercasson

« Ma démarche n’est pas esthétique, elle est joyeuse et funèbre. Je ne crains pas d’être simultanément dans la révulsion, l’horreur et l’attirance, la fascination », disait Jacques Chessex lors d’une interview.

Lire la suite

mercredi 23 décembre 2009

36. RL 42. Marie Darrieussecq, Rapport de police

Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".

Marie Darrieussecq, Rapport de police. Accusations de plagiat et autres modes de surveillance de la fiction, P.O.L, 384 pages, 19,50 euros

Pourquoi parler d’un livre quand sa médiocrité est telle qu’on aurait voulu le refermer au bout de dix pages ? Il s’en publie tant ; on pourrait s’épargner cette peine. Mais d’abord, médiocre ou pas, lorsqu’une Marie Darrieussecq veut faire du ramdam, elle en fait et, quoi qu’on en pense, des vivats seront poussés, auxquels il est tentant de mêler son petit désaccord. Alors, on serre les mâchoires et on y va, on supporte tout : la balourdise – « L’intuition me venait qu’à devoir se justifier sans cesse de ce que l’on écrit, jusqu’à devoir prouver que l’on a bien écrit soi-même, la dépossession qui, à mon sens, est au cœur de l’écriture, est dénaturée par les accusateurs qui la voient comme vol » (p. 16), « le plagiat est un trou noir : toute écriture qui s’en approche y risque sa cohérence même, comme à se consumer à cet introuvable objet » (p. 191), ou encore : « La plagiomnie fait symptôme d’une angoisse identitaire » (p. 307) –, les clichés – « tout nouveau lecteur est un découvreur » (p. 152), « la peur de l’autre, c’est la peur de l’autre en soi » (p. 187), « À lire, on est moins seul » (p. 319), ce dernier, que suit d’ailleurs un « À lire, on pense » qui n’est pas mal non plus, étant placé à la conclusion de la conclusion, sommet intellectuel de l’ouvrage –, le nébuleux – « Au cœur de l’écriture il y a un axe vide, où le monde s’engouffre. Trouver le passage vers cette absence qui donne accès à des mondes : c’est ainsi que je conçois le fait d’écrire » (p. 310), je n’ai pas le courage de vous en donner plus –, mais aussi de permanents amalgames, des approximations qui tournent parfois en erreurs grossières, nous verrons cela, des théories fumeuses, nous l’avons déjà deviné, et de longs, de très longs résumés d’affaires de plagiat souvent bien connues, en tout cas racontées ailleurs, avec une précision et une rigueur qui manquent elles aussi à Marie Darrieussecq. En vérité, tout semble lui manquer de ce dont elle avait besoin pour mener son projet à terme. Elle voulait écrire une somme sur le plagiat. Elle a écrit une rhapsodie, une juxtaposition hasardeuse d’éléments hétéroclites rassemblés à la va comme je te pousse, dont rien n’émerge que les yeux du lecteur, maintes fois relevés, et qui préfèrent contempler le mur.

Lire la suite

mardi 22 décembre 2009

35. RL 42. Antoni Casas Ros, Enigma

Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".

Antoni Casas Ros a publié plusieurs nouvelles dans la revue, qu'il a recueillies dans Mort au romantisme (Gallimard, 2009). Cécilia Dutter avait consacré un article à son premier roman, Le Théorème d'Almodovar, qu'on peut lire ici.

Antoni Casas Ros, Enigma, Gallimard, 252 pages, 16,90 euros

par Isabelle Viéville Degeorges

Des neiges du Japon à la salle obscure de l’Onyx Club, le temps d’une saison à Barcelone, l’obsession de la beauté et de la littérature réunit quatre personnages en rupture d’eux-mêmes.

Lire la suite

34. RL 42. Nick Cave, Mort de Bunny Munro

Rubrique "Notes de lecture. La rentrée de janvier".

Nick Cave, Mort de Bunny Munro, traduit de l’anglais par Nicolas Richard, Flammarion, 338 pages, 20 euros

On connaît surtout Nick Cave en tant que musicien membre des groupes The Birthday Party, The Bad Seeds et Grinderman, imposant son style entre punk et crooner torturé. C’est oublier son rapport à l’écriture, indissociable de son univers musical. Nick Cave est né en 1957 en Australie, dans un environnement littéraire : son père est professeur de lettres, sa mère bibliothécaire. Son premier livre, And the Ass Saw the Angel, est publié en 1989 par Black Spring Press au Royaume-Uni et Harper Collins aux États-Unis ; Le Serpent à plumes en publie la traduction française (par Christina Douguet et Anne Dubois) en 1995, sous le titre Et l’âne vit l’ange. Dès ce premier roman, les obsessions thématiques et formelles de Nick Cave affleurent : un monde désespéré – mais pas sans dieu –, une violence permanente, l’omniprésence de l’alcool, de l’autodestruction, celle de la pluie diluvienne – un véritable déluge en forme de Jugement dernier. Car Nick Cave, élevé dans la religion anglicane, est pétri de références bibliques – il a d’ailleurs signé une préface à L’Évangile selon saint Marc, publiée en France par Mille et Une Nuits en 2006 (et par Canongate en 1998 au Royaume-Uni). Cet univers catastrophé imprègne ses chansons, longues, narratives, de la révolte pure à l’incantation solitaire.

Lire la suite

lundi 21 décembre 2009

33. RL 42. Cécile David-Weill, Les Prétendants

Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".

Cécile David-Weill, Les Prétendants, Grasset, 384 pages, 20 euros

par Julien Pessot

Imaginez le cap d’Antibes. Place aux sorties branchées avec les VIP, aux nuits arrosées assorties de réveils difficiles. Entre les gros titres de certains journaux et les lounge des clubs chic, futilité, snobisme et paraître semblent les dieux d’une société qui, au fond, n’est qu’un ramassis de clichés, un pavé suintant le fric et la superficialité. Pourtant, à rebours d’un style de vie fait de décontraction, de bains de soleil, de glamour et d’argent facile, on trouve non loin de là l’Agapanthe, la fameuse maison qu’entretient un couple discret qui sélectionne avec art ses invités et tente de préserver de l’agitation du monde un art du maintien, du service et des manières. « L’Agapanthe n’a rien de tapageur, aucune colonnade, pas de balustrade sur la mer. » Le cœur de la maison, ce sont ses habitants, eux qui lui donnent vie et dont le théâtre l’anime en permanence. Mais un théâtre subtil : sans photographe, sans public, à huis clos entre les occupants seuls.

Lire la suite

32. RL 42. Lucía Puenzo, L'Enfant poisson

Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".

Lucía Puenzo, L’Enfant poisson, traduit de l’espagnol (Argentine) par Anne Plantagenet, Stock, coll. « La Cosmopolite », 216 pages, 18 euros

par Géraldine Barbe

Publié en 2004 en Argentine et déjà traduit dans plusieurs langues, El Niño pez vient juste d’être traduit par Anne Plantagenet. Dans la vie, Lala, adolescente issue de la bourgeoisie intellectuelle de Buenos Aires, a deux amours indéfectibles et sans limites : son chien Sérafin et La Guayi, la jeune bonne à tout faire paraguayenne à la sensualité débordante. Avec l’un elle fait tout, pour l’autre elle fera tout. Grâce à Sérafin, narrateur d’exception, nous suivrons les aventures de Lala, partie de chez elle à la suite d’un drame dont elle est responsable avant de se lancer sur les traces de La Guayi, elle aussi disparue. À travers Buenos Aires, puis au Paraguay, à Ypacarai, où vit le grand-père de La Guayi, le passé ressurgit et avec lui les secrets et l’horreur déguisée en légende. Au-delà de l’histoire d’amour se posent les questions de la culpabilité, de la responsabilité et de la rédemption, possible ou impossible. « Quelle est cette force puissante qui pousse un lâche à tuer un innocent ? » Lucía Puenzo s’interroge, à la suite de R. Akutagawa, dès le préambule de son livre. Les deux amoureuses, si elles sont diamétralement opposées par leur origine et leur statut social, vivent le même abandon parental, et toutes deux iront jusqu’à l’extrême pour vivre leur indépendance. L’idée du chien narrateur prend totalement corps dans le texte : il en résulte un style direct d’une grande fluidité, un humour, une liberté de ton, une absence de jugement moral, un mélange de réalisme cru et de réalisme magique qui mettent merveilleusement en valeur l’absence de tabou de Lala et la puissance mystérieuse de La Guayi. On garde longtemps en soi ce livre violent, drôle, étrange, magnifique. Lucía Puenzo a également réalisé un film à partir de son livre, on a hâte de le découvrir.

31. RL 42. Joël Schmidt, Un cri pour deux

Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".

Joël Schmidt, Un cri pour deux, Albin Michel, 205 pages, 15 euros

par Cécilia Dutter

Bien qu’il soit l’auteur d’une œuvre riche d’une quarantaine de romans, essais, biographies…, Joël Schmidt nous livre ici un texte à la fois si intime et si puissant qu’il en émane la grâce magique d’un premier roman. « Une œuvre ne saurait être plus condamnable qu’un cri. Tout drame inventé reflète un drame qui ne s’invente pas. » Bel exergue que ces deux phrases de Mauriac choisies par l’auteur. Car ce sont bien les fils de sa propre histoire qu’il tire un à un pour nous emmener, comme seuls les grands romanciers savent le faire, au-delà de ce qui a été, vers ce qui aurait pu être…

Lire la suite

dimanche 20 décembre 2009

30. RL 42. Jacques Réda, entretien avec Federico Castigliano

Le numéro qui se dessine sous vos yeux depuis le début de ce blog il y a deux semaines (en librairie le 13 janvier) sera un numéro de mélanges critiques, où quelques livres de la rentrée de janvier, que nous traiterons plus à fond dans le numéro de février, se mêleront à des livres moins récents, et où, selon notre mode, les auteurs les plus divers se côtoieront. J'aime singulièrement ces formes hybrides, libres, cette disponibilité de la revue aux curiosités les plus hétéroclites. Elles desserre un peu les liens de l'actualité, qui ne sont pas toujours les liens les plus agréables. Je suis très heureux, en particulier, d'avoir l'occasion de donner la parole à Jacques Réda, pour cette conversation qu'il a eue avec un jeune universitaire italien, spécialiste de son œuvre, sur la flânerie, précisément.

Federico Castigliano

Sept questions à Jacques Réda

Lire la suite

vendredi 18 décembre 2009

29. Entretien avec Alfred Eibel sur Jean-Pierre Martinet

La Revue littéraire n°36 (automne 2008).

(Pour compléter l'article de Julia Curiel ci-dessous.)

Alfred Eibel

Les oiseaux de métal
Jean-Pierre Martinet (1944-1993)

Entretien avec Julia Curiel et Florent Georgesco

Florent Georgesco : Alfred Eibel, vous avez été le voisin de palier de Jean-Pierre Martinet, son compagnon d’errances nocturnes, son éditeur, son ami. Depuis sa mort, vous êtes, de plus, devenu un des témoins et des défenseurs de son œuvre. Vous faites partie de ce petit nombre, dont nous sommes aussi, qui tiennent ses livres pour des livres décisifs, quand tous les autres l’ignorent absolument, le laissent dans l’oubli le plus épais et, semblait-il, le plus définitif. Mais voici qu’il se passe quelque chose. Au mois d’octobre prochain, trois éditeurs rééditeront trois de ses romans, dont son chef-d’œuvre, Jérôme (1). M’étant laissé dire que vous n’étiez pas pour rien dans cette brusque résurrection, j’ai pensé que vous pourriez nous éclairer sur elle, et sur lui.

Lire la suite

28. RL 42. Jean-Pierre Martinet, La Somnolence

Julia Curiel est non seulement l'un des piliers de cette maison, et l'impeccable lectrice et maquettiste de cette revue, mais aussi une critique fine et inventive, dont nous sommes quelques-uns à suivre le travail avec l'espoir qu'il se développe et s'impose. Elle a eu la gentillesse (à vrai dire, elle avait intérêt), et Thierry Boizet, des éditions Finitude, a eu la gentillesse, de nous laisser reproduire, en bonnes feuilles, la préface qu'elle a écrite pour la réédition du premier roman, La Somnolence, de Jean-Pierre Martinet, dont nous suivons attentivement, grâce à elle, la réapparition depuis son début, chez Finitude déjà (Nuits bleues, calmes bières). Je reprendrai dans la journée, ou demain, l'entretien que nous avions eu, elle et moi, avec Alfred Eibel, lequel est la cheville ouvrière de cette opération de redécouverte du très grand écrivain que fut Martinet, inconnu de son vivant et depuis sa mort, ce qui était une injustice insupportable ; et rien n'est réjouissant, ni étonnant, comme de voir une telle injustice levée. Merci donc à Alfred Eibel, et aux éditeurs qui auront su l'écouter, et merci à Julia, pour tout, et pour ce beau texte.

Julia Curiel

Martha, ou l’énergie de la torpeur

La Somnolence de Jean-Pierre Martinet

« On dirait un vaste poème, turbulent, statique, perdu, cauchemardesque, implacable et désespéré, où des motifs reviennent, s’imposent et disparaissent comme dans une symphonie qui serait atrocement dure (1). »

Premier roman écrit par Jean-Pierre Martinet, La Somnolence (2) est aussi le dernier à être réédité (3). C’est aujourd’hui lui faire satisfaction tant la noirceur, cultivée au sein de son œuvre telle une fleur vénéneuse, l’aura pendant trente-cinq ans enveloppée au point de la faire basculer dans l’oubli. Nous aurons donc pu lire La Grande Vie, Nuits bleues, calmes bières, Jérôme, L’Ombre des forêts, Ceux qui n’en mènent pas large avant de pouvoir découvrir ce qui de toute évidence en a été le creuset. Car déjà La Somnolence témoigne d’une puissante singularité et, d’emblée, impose une voix.

Lire la suite

jeudi 17 décembre 2009

27. RL 42. Véronique Ovaldé, Ce que je sais de Vera Candida

Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier". Livre paru à l'automne 2009.

Véronique Ovaldé, Ce que je sais de Vera Candida, L’Olivier, 293 pages, 19 euros

par Géraldine Barbe

D’un précédent livre de Véronique Ovaldé, Les hommes en général me plaisent beaucoup, je gardais un souvenir mitigé de terreur enfantine, d’amour dangereux et de violence sourde. Trompée par le titre joyeux et le rouge à lèvres vermillon sur toutes les photos de l’auteur, je pensais que ce nouveau roman serait léger, illusion démentie dès les premières lignes : même ton, même écriture à la fois douce et menaçante, dangereuse comme un bonbon empoisonné. Sur l’île mystérieuse de Vatapuna, l’air de rien, le clapotis de l’eau en fond sonore, ça sent la mort à chaque page. D’ailleurs, la première phrase nous annonce la fin prochaine de Vera, l’héroïne que nous ne retrouverons que quatre-vingts pages plus loin, après nous être intéressés aux destins (sombres) de sa grand-mère, Rose Bustamente, et de sa mère, Violette, dans cette petite île imaginaire d’Amérique du Sud.

Lire la suite

26. RL 42. Brock Clarke, Guide de l’incendiaire des maisons d’écrivains en Nouvelle-Angleterre

Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier". Le livre est en librairie depuis l'automne 2009.

Brock Clarke, Guide de l’incendiaire des maisons d’écrivains en Nouvelle-Angleterre, traduit de l’anglais (États-Unis) par Renaud Morin, Albin Michel, 440 pages, 22 euros

par Stéphanie des Horts

C’était un accident. Vraiment il ne voulait pas. En gros il n’y est pour rien. Et pourtant il l’a fait. Oui, Sam Pulsifer a incendié la maison d’Emily Dickinson en Nouvelle-Angleterre. Il en a profité pour faire passer de vie à trépas le couple de guides en train de copuler allégrement dans le lit de la poétesse. Évidemment commencer la vie de cette façon pose un sacré problème. Car Sam a été puni pour son méfait. Il a fait de la prison, dix années bien tapées dans une prison d’État, pour un jeune homme il y a mieux. Mais ensuite, cela ne s’est pas arrêté. Les gens ont continué à le traiter d’incendiaire. Il y en a même qui ont tracé des graffitis sur le mur de la maison de ses parents. Meurtrier, criminel, salopard… Mais tout cela n’est rien, non le pire ce sont les autres, ceux qui ont écrit, ceux qui ont demandé un service à Sam. Incendier la maison d’un écrivain, un autre, de Marc Twain à Henry James en passant par Edward Bellamy. Il y a des milliers de raisons d’incendier la maison d’un écrivain. Les queues de touristes incultes qui bouchonnent sur le trottoir et gênent le voisin, les écrivains dont on aimerait bien qu’ils soient suffisamment célèbres pour avoir leur demeure détruite, au moins on parlerait d’eux, ou alors simplement ceux dont on pense qu’ils ont usurpé la place d’une célébrité alors que ce sont de véritables connards. Peut-on traiter un écrivain de connard ? Oui, évidemment, s’écrient tous ceux qui ont une maison d’écrivain à incendier. Sam Pulsifer, cela commence à lui porter un peu sur le système, les écrivains. Il décide de fuir au plus vite, au plus loin, couper les ponts à tout jamais avec la Nouvelle-Angleterre et ses écrivains. Il tombe sur une chic fille et l’épouse. Il en profite pour lui faire deux gosses et toucher du doigt le bonheur. Juste du doigt. Le passé est là qui revient frapper dare-dare en la personne du fils des guides qui copulaient dans le lit d’Emily Dickinson. Encore elle. Encore eux. Alors Sam prend son destin en main et retourne chez papa et maman. Là les choses ont un peu évolué en dix ans. Papa est-il alcoolique ou adultère ? Maman est-elle jalouse ou carrément dingue ? Petites retrouvailles familiales, tout ce petit monde se saoule à la bière pendant que les maisons d’écrivains de Nouvelle-Angleterre… Quoi les maisons d’écrivains de Nouvelle-Angleterre ? Eh bien, elles… flambent, brûlent et se consument dans un embrasement des plus stylés.

mercredi 16 décembre 2009

25. RL 42. Jonathan Littell, Récit sur rien

Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier". Le livre est paru au printemps 2009.

Jonathan Littell, Récit sur rien, Fata Morgana, 51 pages, 13 euros

L’art de l’énigme chez Jonathan Littell

par Sonia Anton

Le livre de Jonathan Littell est énigmatique à plusieurs égards. Par son titre tout d’abord, qui résonne comme du Flaubert (que lit avidement le Maximilien Aue des Bienveillantes) ou comme du Beckett. Par son volume ensuite (cinquante et une pages), minuscule après le pavé que forment Les Bienveillantes mais trop massif s’il s’agit effectivement de n’y raconter « rien ». La surprise créée par ce mot naît encore par opposition avec Les Bienveillantes, à la densité narrative et sémantique quasi monstrueuse et à la structure très élaborée. L’énigme vient enfin de la difficulté que nous avons à circonscrire ce texte, qui raconte bien quelque chose mais ne livre que des bribes de récits entremêlées de visions bizarres et délirantes. Ces deux adjectifs, qui définissent assez bien la couleur d’ensemble de Récit sur rien, sont employés par Jonathan Littell dans l’entretien donné à La Revue littéraire (n°28) pour désigner des bourreaux, dont ceux rencontrés à Sarajevo : « Ils sont très bizarres, voire complètement délirants. »

Lire la suite

24. RL 42. Mathieu Terence, L'Autre Vie

Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier". Livre paru en septembre 2009.

Mathieu Terence, L’Autre Vie, Gallimard, 166 pages, 13,90 euros

par Isabelle Viéville Degeorges

« La skyline de Taiwan est pareille à un code-barres. Ses formes pures effraient par leur aspect mortel, par la force inexorable qui s’en dégage. » « Ces gigantesques sirènes d’alarme en verre et acier montent au ciel avec une urgence désespérée… Tours raidies jusqu’à la catatonie. » Sur ce « poste avancé du IIIe millénaire », Côme Syracuse, « lisse, inoffensif, insignifiant en apparence, sympathique dans le meilleur des cas, doit être en mesure de prendre à revers tous ceux qui l’entourent ». Biologiste employé par Biosoft, il évolue entre les « clôtures biométriques, vidéosurveillances, scanners, alarmes qui quadrillent chaque niveau », au centre du décodage du génome humain, dans un contexte de paranoïa absolue. Les protocoles de sécurité multiplient les procédures qui se retournent contre elles-mêmes. Côme est un espion. L’est-il ? Rêveur en exil, en souffrance, fragmenté dans un labyrinthe gris aseptisé, il se réfugie le soir dans l’écriture de ses carnets noirs. Ravie – dans le sens d’un rapt –, sa vie tout entière s’y déploie comme « un million d’univers ».

Lire la suite

23. RL 42. Jean Mailland, Le Journal des arbres

Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier". Livre paru au printemps 2009.

Jean Mailland, Le Journal des arbres, L’Amourier/Le Bruit des autres, 288 pages, 20 euros

par Géraldine Barbe

Jean Mailland est l’auteur des plus belles chansons d’Anna Prucnal, sa femme et principale muse. Il a également travaillé pour le cinéma et la télévision. Il a publié des poèmes, des pièces de théâtre, des romans aussi, la plupart du temps chez « L’Amourier » et « Le Bruit des autres », fidèles éditeurs qui se sont cette fois réunis. Écrit de 1986 à mai 1995, ce Journal des arbres – qui est aussi celui des mots et des écrivains –, long, léger, si profond qu’on s’y enfouit, Jean Mailland l’a défriché, tel le bois dont il est question dans ce qui est aujourd’hui un livre, pour notre bonheur absolu.
Le propos est simple : retracer les dix années de travail entrepris dans le bois qu’Anna lui a offert pour son anniversaire, près de la maison qu’ils habitent à l’époque en bordure de la forêt d’Othe, dans la Champagne pouilleuse (« une région qui a des allures de Pologne »). Ce 26 avril 1985, Jean Mailland, citadin poète, fêtard artiste et amoureux décide : « ce bois sauvage, je m’octroyais sans vergogne le droit de l’apprivoiser. »

Lire la suite

mardi 15 décembre 2009

22. Camille Laurens, Marie Darrieussecq ou Le syndrome du coucou

''La Revue littéraire'' n°32, automne 2007.

(Note 2009 : voir aussi la critique de Romance nerveuse de Camille Laurens et celle de Rapport de police de Marie Darrieussecq.)

Camille Laurens

Marie Darrieussecq ou Le syndrome du coucou

Ça a commencé avec un mot. C’était le 15 juin dernier, au « Marathon des mots » à Toulouse ; j’assistais, en compagnie de notre commun éditeur, invité d’honneur de ce festival, à une lecture de Marie Darrieussecq. En duo avec un comédien, elle a lu des textes d’Hervé Guibert et de Thomas Bernhard, qu’elle alternait avec des textes d’elle, soulignant l’influence que les premiers avaient eue sur son travail. Pendant quelques minutes seulement, elle a lu un extrait de son prochain roman, à paraître en septembre, intitulé Tom est mort. Et pour présenter ce livre, elle a dit quelque chose comme « Il y avait très longtemps que j’avais envie de traiter le thème de l’enfant mort ». Je ne me souviens pas de la phrase exacte, parce que toute mon angoisse s’est concentrée d’un coup sur le seul mot dont je sois sûre : le « thème » de l’enfant mort. Je n’ai pas bien suivi la lecture non plus, j’ai juste noté que la narration était à la première personne, c’était la mère qui racontait, et je me suis sentie soudain menacée, mais sans savoir de quoi.
À peine dans le hall, j’ai demandé à mon éditeur ce que c’était que ce roman, Tom est mort. Il m’a répondu, avec un peu de gêne dans la voix, que c’était l’histoire d’une femme qui a perdu un fils, mais que de toute façon Marie Darrieussecq allait m’en parler, elle voulait m’en parler, elle devait m’en parler, elle comptait m’en parler, il fallait d’abord qu’elle m’en parle. Plus tard, j’ai demandé à quelqu’un qui la connaît bien si Marie Darrieussecq avait perdu un enfant, il m’a dit que non, que c’était une fiction, mais ma question était inutile, au fond, le mot « thème » y avait déjà répondu. Dans la soirée, j’ai compris que plusieurs personnes – des auteurs de la maison, notamment – avaient déjà reçu le livre, le service de presse avait donc eu lieu, Marie Darrieussecq avait l’air radieuse, et à aucun moment il ne m’a semblé qu’elle avait quelque chose à me dire. Je venais d’ailleurs, quelques semaines plus tôt, de passer plusieurs jours avec elle au Salon du livre français de Reykjavik où, alors que je l’interrogeais sur ce qu’elle avait en cours, elle m’avait répondu qu’elle… traduisait Ovide.

Lire la suite

lundi 14 décembre 2009

21. RL 42. Camille Laurens, Romance nerveuse

Rubrique « Notes de lecture/La rentrée de janvier ».

Camille Laurens, Romance nerveuse, Gallimard, 220 pages, 16,90 euros (en librairie le 14 janvier 2010)

Radiographie concrète d’une histoire d’amour avec un homme, déjà sublimée par le roman Dans ces bras-là, Romance nerveuse explore plus spécifiquement le deuxième versant de l’autofiction : la « vraie vie » en opposition à l’écriture pure. Camille Laurens y pose la question centrale de cette tendance littéraire, dont elle est devenue la figure souveraine, et fait prévaloir le devoir de sincérité sur la vérité, concept douteux par nature. Deux réponses irréfutables sont apportées, l’une explicite, l’autre sous-jacente et peut-être seulement induite de ma propre lecture. Première réponse : le livre est un espace de liberté absolue pour l’auteur. Camille Laurens expose l’affaire Darrieussecq telle qu’elle l’a réellement vécue. En changeant à peine les noms, choisis avec une ironie noire, elle relate soigneusement les différents épisodes du feuilleton tout en soulignant la conséquence la plus terrible de toute cette histoire : répudiée de la « maison de Georges », Camille Laurens ne parvient plus à écrire. Fragilisée dans sa confiance en elle, comme dans sa capacité à se mettre au travail, la seule chose qu’elle parvienne à faire est de tomber amoureuse d’un type selon moi atroce. Abîmée dans cette relation en partie masochiste, au final très féminine et ordinaire à notre époque (Luc, l’homme dont elle tombe amoureuse, est un paparazzi minable, odieux y compris dans ses contradictions, à fortes tendances paranoïdes et à l’histoire familiale glauque), Camille Laurens retrouve la force de commencer un nouveau roman. Au milieu de l’adversité, il n’est pas de meilleure arme pour se défendre.

Lire la suite

20. RL 42. Edgar Hilsenrath, Fuck America

Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier". Livre paru au printemps 2009.

Edgar Hilsenrath, Fuck America, traduit de l’allemand par Jörg Stickan, Attila, 296 pages, 19 euros

par Arnaud Bongrand

« Fuck America ! » : tels sont les mots que Nathan Bronsky prononça devant la statue de la Liberté à son arrivée à New York, reconnaissant en elle le consul général des États-Unis qui lui avait refusé l’asile en 1939, quand la situation des Juifs d’Europe a commencé à devenir invivable en Allemagne. Premier constat de l’impuissance des hommes face à la machine politique et à l’aberration du monde. Une fois cette sentence admise, nous sommes prêts à suivre les aventures outre-Atlantique de Jakob Bronsky, le fils de Nathan.

Lire la suite

19. RL 42. Claire Julliard, Les Scandales littéraires

Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier". Le livre est en librairie depuis l'automne 2009.

Claire Julliard, Les Scandales littéraires, Librio, 80 pages, 3 euros

par Stéphanie des Horts

Où l’on en apprend de belles ! Des vertes et des pas mûres ! Des carrément sordides et d’autres plus mignonnes. Les petites histoires des belles-lettres n’ont pas fini de faire tourner le monde. Il faut dire que pas plus tard que le mois dernier… Mais si vous savez, bien entendu… Tout Paris en parle… Quoi, qui ? Sur quel site ? L’intégrale, vous êtes certain ? Non, il n’a pas dit cela ! Si ?… Quel génie, il ose enfin crier tout haut ce que tout le monde pense tout bas ! Qu’un hommage lui soit rendu ! Non, surtout pas, on préfère le casser, le jeter plus bas que terre, l’étriper, car c’est d’un scandale qu’il s’agit, allons-y gaiement et enfonçons la pointe là où ça fait le plus mal !

Lire la suite

18. RL 42. Catherine Malabou, Changer de différence

Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier". Nous ne passons pas notre temps à recenser des traités philosophiques, mais nous ne nous interdisons rien et sommes en l'occurrence ravis de publier cet article très approfondi sur le dernier livre de notre amie Catherine Malabou, paru en septembre dernier. Certaines écritures philosophiques ont la puissance, l'invention qu'on attend de la littérature. Celle de Catherine est de cet ordre ; elle a toute sa place dans La Revue littéraire.

Catherine Malabou, Changer de différence. Le féminin et la question philosophique, Galilée, coll. « La philosophie en effet », 158 pages, 24 euros

par Florian Gaité

Lire la suite

17. Karl Mengel dans "Indications"

Je parlerai autant que possible, au fil de ce blog, d’autres maisons d’édition et revues. Ce sera une question d’occasion et de temps. Celui-ci me manque un peu, mais l’occasion est trop belle d’adresser un salut amical à l’excellente revue belge Indications, qui recense régulièrement les livres des ELS, avec pertinence et rigueur, et vient de consacrer, dans son numéro de décembre (qui est le numéro 380 : ce billet est l’hommage d’un gamin à une vénérable), l’article ci-dessous au premier roman de Karl Mengel, Les Séditions.
Indications paraît en février, avril, juin, octobre et décembre. Son secrétaire général est Thierry Leroy ; son rédacteur en chef, Lorent Corbeel. Elle est distribuée en France par Arcadia.

La menace internationale a un visage, mille identités et autant de vices

Insaisissable, cet homme n’a aucune limite. Ses noms varient au rythme de missions venues de commanditaires ennemis. Il obéit sans même se retourner, tandis que son identité lui apparaît comme un lointain souvenir. Cacherait-il un but ? Lui-même l’ignore. Karl Mengel mélange actualité, chute dans la perversion et sentiments humains et parvient à secouer le lecteur. Interpellant, on y voit plus qu’une histoire, peut-être un avertissement ?

Lire la suite

dimanche 13 décembre 2009

16. RL 42. Firouz Nadji-Ghazvini, Le Trèfle bleu

Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier" (le livre est sorti au printemps 2009).

Firouz Nadji-Ghazvini, Le Trèfle bleu, traduit du persan par Vincent Despagnet, Denoël, 152 pages, 15 euros

par Isabelle Viéville Degeorges

Il était une fois, dans un petit village des bords de la mer Caspienne, en Iran, il y a de cela cinq ans, une petite fille et le souvenir de son amie juive, un grand-père attablé avec un vieux compagnon, deux veuves, un juge et un commandant. Là, sous un degré d’hygrométrie maximal, au fil d’une écriture mélancolique, douce et forte, une histoire se déploie en errances intérieures dont l’enchevêtrement finit par déchirer la réalité.

Lire la suite

15. RL 42. Vikram Seth, Golden Gate

Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier" (le livre est sorti au printemps 2009).

Vikram Seth, Golden Gate, traduit de l’anglais (Inde) par Claro, Grasset, 352 pages, 20 euros

par Arnaud Bongrand

San Francisco, années 1980. C’est la fin d’une époque, on passe des hippies aux yuppies – avec un entrain et un reste d’espoir qui sont vraiment, aujourd’hui, d’un autre monde. Car l’ère qui s’ouvre regorge de promesses : Harvey Milk a ouvert la voie et San Francisco est d’ores et déjà une ville à part aux États-Unis et en Occident, une sorte de laboratoire des relations humaines, où Golden Gate serait comme un microscope fixé sur les histoires amoureuses d’une bande d’amis qui apprennent à vivre dans ce nouveau contexte.

Lire la suite

samedi 12 décembre 2009

14. RL 42. Hélène Frappat, Par effraction

Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier" (le livre est sorti à l'automne 2009).

Hélène Frappat, Par effraction, Allia, 128 pages, 6,10 euros

Le rouge est mis

C’est toujours vêtue de rouge qu’Aurore apparaît dans de vieux films dont le narrateur – l’espion au second degré ? l’enquêteur ? celui-ci restant dans l’ombre, on pourrait tout aussi bien écrire ces substantifs au féminin – achète un carton entier et anonyme sur le marché aux puces de Clignancourt. Aurore, ce n’est sans doute pas son prénom mais ça lui va bien, à cette jeune femme dont on suit la naissance radieuse dans les années 50, l’enfance dorée, l’adolescence ensoleillée, la jeunesse clinquante par bribes énigmatiques – la contrainte des pellicules 8 mm et Super 8 (1) – sans montage, à travers une chronologie rétablie par celui qui redouble de précisions géographiques et temporelles autour de ce mystère, comme pour contrecarrer le terrible destin de cette existence sans nom, de cette histoire sans épilogue.

Lire la suite

jeudi 10 décembre 2009

12. "De tract en tract jusqu'à la victoire !" : Nabe et l'édition

R.L. n°30. Printemps 2007


"La mission du véritable écrivain est aujourd'hui de faire sortir la littérature du livre. Le non-livre et la non-écriture sont, pour moi, les matières littéraires de l'avenir" : ainsi me parlait Nabe en 2007, dans un entretien sur l'expérience des tracts, qui en était à ses débuts (j'avais utilisé le prétexte de l'élection présidentielle pour demander à une dizaine d'écrivains leurs lumières, ou peut-être leurs ombres, leur floutage, leur parasitage, sur la politique, alors entièrement dominée par la communication, qui est le contraire exact de la littérature ; ça n'a guère changé depuis, il est vrai). Au moment où Nabe fait un pas supplémentaire vers la sortie du système, et envoie valser les éditeurs, j'ai pensé qu'il pouvait être utile de relire cet entretien ; la présente décision y est très clairement annoncée, mais surtout, méditée, pensée, au-delà ou en deçà des polémiques qui entourent en général chaque geste de Nabe. "Ce qui est mort (...) c'est l'édition d'un livre" : ce genre de positions, que l'on aime tenir pour des boutades, mérite des discussions approfondies. C'est, je crois, ce à quoi nous nous étions livrés ce jour-là.


Marc-Édouard Nabe

De tract en tract jusqu’à la victoire !

Entretien avec Florent Georgesco

(mars 2007)


Florent Georgesco : Au début du mois de mars, alors que je sortais des bureaux de La Table Ronde où je venais de réaliser un entretien avec Denis Tillinac, qui m’avait longuement parlé de Chirac, j’ai découvert sur un mur du Quartier latin votre dernière affiche, dont le titre est une injonction adressée au président de la République : Représente-toi. J’y ai vu une espèce de signe du destin – mais voulant dire quoi ? – qui m’a donné envie d’en discuter avec vous. Je fais un bref retour en arrière. Vous vous êtes lancé, fin juillet 2006, dans une nouvelle aventure, la publication sous forme de tracts et d’affiches de textes inspirés par l’actualité. Le premier, Zidane la racaille, revenait sur le fameux coup de tête de Zidane à un joueur italien en finale de la coupe du monde. Sont apparus ensuite Les Pieds blancs, à propos du film Indigènes et de ce qu’il révélait de la situation où se trouvent les Arabes vivant en France, puis Et Littell niqua Angot qui, comme son titre l’indique, est une analyse de la dernière rentrée littéraire, et enfin cette supplique à Chirac, qui est votre manière d’intervenir dans la campagne électorale.

Marc-Édouard Nabe : Vous avez parlé de publication : c’est amusant, beaucoup de gens m’en parlent comme ça, me demandant quand mon texte sortira, où il sera édité… Mais ces textes ne sont pas édités. Ils sont imprimés puis placardés, affichés et distribués dans la rue. De plus, ils sortent à intervalles irréguliers, de manière imprévisible, au contraire d’un journal qu’on est sûr de trouver chaque jour, ou d’un livre recueillant des « articles ».

Lire la suite

mercredi 9 décembre 2009

11. RL 42. Flannery O'Connor

La publication, par les Éditions Gallimard, des Œuvres complètes de Flannery O'Connor était une excellente occasion de tracer un portrait de l'auteur des Braves gens ne courent pas les rues. Cécilia Dutter l'a saisie.


Cécilia Dutter

Flannery O’Connor ou la grâce de dévoiler l’invisible

1964. À trente-neuf ans, Flannery O’Connor entame déjà les derniers mètres de son parcours. Le lupus érythémateux dont elle est affligée, maladie grave et invalidante qui a jadis emporté son père, aura bientôt raison de ses ultimes forces. Tandis que doucement son existence s’éteint, elle jette un coup d’œil goguenard derrière son épaule. Depuis des années, depuis toujours, son mal l’a assignée à résidence dans la modeste ferme familiale de Milledgeville, bourg perdu de Géorgie où, entourée d’une improbable basse-cour – poules unijambistes, cygnes borgnes, colonies exponentielles de paons auxquels elle voue un véritable culte –, avec patience, elle écrit.

Lire la suite

mardi 8 décembre 2009

10. RL 42. Jean-Jacques Schuhl, Entrée des fantômes

Jean-Jacques Schuhl, Entrée des fantômes, collection « L’Infini », Gallimard, 144 pages, 16,50 euros

Le lien de parenté entre cet ouvrage et le dernier livre de Philip Roth traduit en France tient au renversement du titre, Exit Ghost / Entrée des fantômes, et au thème de l’écrivain vieillissant. Roth exprime ce quotidien en termes crus, sans concession ; Schuhl s’extrait du réel et convoque les personnages de sa vie en littérature. La première partie se déroule tel un rêve où, comme par magie, un mannequin – figure fétiche de l’auteur, le modèle, la muse, l’actrice ou la chanteuse, la silhouette – est conviée à rejoindre l’autre monde, l’autre côté du miroir. Le pays des morts tel que le concevaient les Égyptiens anciens, sous l’égide d’un dieu immanent, Rê, le dieu-soleil. La culture pop de Jean-Jacques Schuhl évolue avec son temps, les couleurs du maquillage ont changé, les icônes également, le modèle aujourd’hui est Kate Moss et son « visage enfantin animal ». Quelques résurgences du passé sont intactes, les canons de beauté reviennent par bribes ; le mannequin a des « cheveux blonds de film noir » et relève dans le même temps d’une culture contemporaine : elle se prénomme Marge, hommage de l’auteur aux Simpson. Dans un univers Rose Poussière décalé dans le temps, Schuhl travaille la phrase initiée avec Ingrid Caven en se dévoilant de plus en plus et en expliquant sa méthode de travail. Entouré de ses fantômes, ressuscités sous forme de personnages de roman, Schuhl s’empare de l’instant présent.

Lire la suite

9. RL 42. Pascal Garnier, entretien avec Alfred Eibel

À l'occasion de la sortie en librairie (le 7 janvier 2010) de son nouveau roman, Le Grand Loin, chez Zulma, Pascal Garnier (photo ci-contre) a accordé l'entretien qui suit à notre ami Alfred Eibel, à paraître dans le prochain numéro.

Alfred Eibel dans La Revue littéraire : ici, ici, ici, ici, ici et , plus des notes de lecture un peu partout depuis quelques années.

Pascal Garnier

Un vide-Garnier

Entretien avec Alfred Eibel

On ne saurait trop recommander la lecture des livres de Pascal Garnier. C’est le meilleur braconnier de la vie des autres. On le rapproche de Simenon ; Garnier aime bien Maigret mais reproche à Simenon son manque d’humour, son absence de chaleur humaine. Je le rapprocherais plutôt d’Édouard Estaunié, romancier du fantastique quotidien. Observateur attentif des oscillations mentales des hommes, Garnier, tel le pêcheur, attend sa proie, révèle sa nature profonde dans un environnement accordé à son caractère.

A. E.

Alfred Eibel : Ton parcours est assez atypique. Tu es passé de P.O.L à Fleuve Noir, cela étonne les gens. Pourtant, me dis-tu, cela te ressemble parce que tu n’as jamais eu de plan de carrière.

Pascal Garnier : Au départ je ne songeais pas à devenir écrivain. Encore maintenant, cela me paraît une immense supercherie, une sorte de fraude sympathique. J’avais trente ans quand mes premiers livres ont paru, je ne connaissais personne dans le milieu, dont j’ignorais tout. J’ai commencé à écrire parce que je ne savais rien faire d’autre. J’avais besoin de m’exprimer. C’était ça ou je crève. Mais j’aurais tout aussi bien pu m’exprimer par le rock’n’roll ou la peinture. La littérature pour moi n’a rien à voir avec le monde littéraire. Grâce à elle, me voilà inscrit à la Sécurité sociale, je touche un peu de thune. Mais ma vie aurait pu suivre un autre cours.

Lire la suite

8. Christophe Henning & Noël Herpe

Il faudra un jour faire le compte des auteurs ayant contribué à la revue ; le chiffre doit être impressionnant. Je risque donc de manquer certaines de leurs publications (qu'ils n'hésitent pas à me les signaler), mais en voici déjà deux : Christophe Henning, Il fallait Osée, et Noël Herpe qui publie, chez Aléas, Journal d'un cinéphile (330 pages, 16 euros). Je viens de recevoir ce dernier : j'espère pouvoir y revenir bientôt. Vous trouverez ci-dessous une note de lecture sur le premier, par Cécilia Dutter.

Christophe Henning est journaliste et écrivain. Rédacteur en chef à Panorama, il est l'auteur d'une dizaine de livres (biographies, essais, entretiens). Il donne régulièrement des notes de lecture à La Revue littéraire. Il fallait Osée est son premier roman.

Noël Herpe est historien, critique littéraire et cinématographique, écrivain, cinéaste. Il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages. Il a publié un Journal de Chicago dans La Revue littéraire 40 (juin 2009).

Lire la suite

lundi 7 décembre 2009

7. RL 42. Philip Roth, Exit le fantôme

Ce blog sera beaucoup de choses à la fois, vous le verrez peu à peu. Mais il est d'abord La Revue littéraire elle-même en train de se faire, non pas une version numérique de la revue, mais l'atelier, le lieu où les textes apparaissent et se rassemblent progressivement. Je commence avec un texte à paraître dans le numéro 42 (13 janvier), numéro critique d'actualités et d'inactualités, ou d'actualités plus relatives, puisque on y retrouvera aussi bien Jacques Réda, Flannery O'Connor et Paul Celan que les livres de janvier ; ou encore quelques livres de septembre ou d'octobre dernier, comme le roman de Philip Roth, Exit le fantôme, auquel Steven Sampson a consacré cette étude brillante et singulière, qui apporte des lumières nouvelles par rapport à celles que la presse a donné en nombre cet automne – fonction naturelle, principale, de la revue.

Steven Sampson est né en 1957 à Milwaukee, aux États-Unis. Après avoir étudié la littérature anglo-américaine à Harvard et le journalisme à Columbia, il a travaillé pendant dix ans dans l’édition à New York. Inspiré par Hemingway et Henry Miller, il est ensuite venu s'installer à Paris où, en 2008, il a obtenu un doctorat à Paris VII pour une thèse sur Philip Roth. Il a récemment achevé un essai littéraire, Corpus Rothi, qui défend l’idée que l’œuvre de Roth peut être lue comme une parodie du Nouveau Testament avec Philip Roth dans le rôle du Christ. Pour l’instant, Corpus Rothi reste inédit.






Steven Sampson

Exit la Shoah


La didascalie est explicite : il faut partir. « Exit le fantôme. » Cette consigne ne peut être ignorée, même si elle vient du monde des vivants. Il doit lui obéir. Il quitte la scène. Dès le début, il savait son rôle limité. Il n’avait que quelques répliques à prononcer, la majorité étant réservée aux personnages vivants, ces imbéciles qui ne comprennent rien. Lui sait tout. Quel sentiment d’impuissance, que d’être omniscient et muet !
Exit le fantôme, titre emprunté à Shakespeare, titre du nouveau roman de Philip Roth (1). Dans ce roman shakespearien, Roth va jusqu’à l’élaboration d’une « pièce à l’intérieur de la pièce ». Autre parallèle avec Hamlet : le spectre regagne son royaume afin d’expliquer l’Histoire aux habitants. Sauf que, cette fois, il s’agit d’un « fantôme » à moitié vivant. Sinon, pourquoi aller à l’hôpital dans l’espoir d’améliorer le fonctionnement de son urètre ? Nous avons affaire à un spectre qui s’accroche à la vie. Et surtout aux plaisirs de la vie. C’est un fantôme libidineux.

Lire la suite

6. Métamorphoses

La Revue littéraire, phase trois, ou quatre, je ne sais plus. Léo a rappelé à côté les différentes étapes de sa brève histoire, je n’y reviendrai pas. Ce qui compte, ce sont ces métamorphoses constantes, cette plasticité d’un objet dont j’ai toujours pensé, depuis son apparition en mars 2004, qu’il était expérimental. Or, toute expérimentation véritable, qui n’est pas la simple représentation de ce que devrait être le nouveau, l’inédit, mais le travail incertain du nouveau dans la réalité des choses, est paradoxale et peut-être invisible. La poursuivant désormais dans la grande transparence d’internet, nous creuserons le paradoxe et sortirons un peu de l’invisibilité, comme je vais le faire tout de suite, avant de me lancer, dès cet après-midi, dans le chantier proprement dit. Un peu d’architecture, avant la maçonnerie.

Lire la suite

Catégories Archives Syndication
General
Textes
Chroniques
Entretiens
Critique
Édition
Bavardage
Entretiens/Archives
Chroniques/Archives
Textes/Archives
Critique/Archives
Leçons de Pierre Guyotat
octobre 2010 (3)
septembre 2010 (9)
août 2010 (8)
mai 2010 (4)
avril 2010 (4)
mars 2010 (19)
février 2010 (6)
janvier 2010 (19)
décembre 2009 (45)
fil rss
fil rss commentaires



Copyright
Top