6. Métamorphoses
Par Florent Georgesco, le lundi 7 décembre 2009 | General :: #6 :: rss
La Revue littéraire, phase trois, ou quatre, je ne sais plus. Léo a rappelé à côté les différentes étapes de sa brève histoire, je n’y reviendrai pas. Ce qui compte, ce sont ces métamorphoses constantes, cette plasticité d’un objet dont j’ai toujours pensé, depuis son apparition en mars 2004, qu’il était expérimental. Or, toute expérimentation véritable, qui n’est pas la simple représentation de ce que devrait être le nouveau, l’inédit, mais le travail incertain du nouveau dans la réalité des choses, est paradoxale et peut-être invisible. La poursuivant désormais dans la grande transparence d’internet, nous creuserons le paradoxe et sortirons un peu de l’invisibilité, comme je vais le faire tout de suite, avant de me lancer, dès cet après-midi, dans le chantier proprement dit. Un peu d’architecture, avant la maçonnerie.
Ce que nous expérimentons, c’est l’efficacité de formes anciennes dans la mutation en cours du champ littéraire. Tout le monde a été frappé, quand le premier numéro est paru, par le classicisme de son apparence, de sa structure, de ses visées. Nous nous inscrivions avec tant de netteté dans l’histoire des revues du XXe siècle qu’on y a d’abord vu un hommage à celles-ci, voire, par un malentendu vite dissipé, une sorte de plagiat symbolique. La réalité est que Léo, Angie, Julia et moi-même étions simplement convaincus que la revue littéraire généraliste, modèle incarné par La NRF bien sûr, mais aussi par Les Lettres nouvelles, L’Arche ou Les Cahiers du Sud, pour ne citer que quelques exemples, était plus que jamais pertinente, utile.
Si la mutation que j’évoquais a parfois l’allure d’une crise, c’est dans les questions de transmission, d'intermédiaires entre les créateurs et le public, c'est dans la manière dont la création est représentée. Une revue est un espace de souveraineté de ceux qui, écrivains et éditeurs, font la littérature ; en créer une à l’heure de l’emprise médiatique était une tentative de reprendre le pouvoir, de donner à voir le surgissement même des textes avant leur appropriation sociale. D’où les quelques lignes directrices que nous avons fixées d’emblée, et tenues depuis : mélange tous azimuts des styles et des genres, considération exclusive de la qualité des textes, c’est-à-dire refus de toute classification a priori (idéologique et autre), curiosité, dans notre travail critique, pour toute littérature, travail identique sur les textes critiques et sur les textes de création, grands entretiens pour donner la parole, hors de toute contrainte, de tout cadre, aux écrivains, etc. Soit : libération systématique.
Ainsi avons-nous voulu maintenir une tradition, certes, mais pour sa seule capacité à s’adapter à toutes les circonstances, à se transformer indéfiniment. Le conservatisme consiste à maintenir ce qu’on a aimé contre toute évolution, à se pelotonner dans sa forteresse en se désolant du vide autour d’elle. Il culpabilise le changement, la trahison de tous, parce que tous s’éloignent. Notre choix a toujours été contraire, il a toujours été fondé sur l’attention au temps et l’acceptation de ses mouvements. Mais il n’est pas soumission à sa fatalité. Nous nous embarquons aujourd’hui sur le flux d’internet parce que nous croyons à la résistance de notre coquille de noix, et qu’elle peut être une arche pour ce à quoi, dans tout notre travail d’éditeurs cette fois, nous tenons le plus, pour cette littérature qui vit plus que jamais, dans toutes les formes qu’elle est capable de prendre. Le nombre de ces formes étant infini, nous aurons à faire, ici et ailleurs. Je m’y mets. J’espère vous retrouver à mesure sur ce chemin nouveau, et ancien.

Commentaires
1. Le lundi 7 décembre 2009 par Deville
2. Le lundi 7 décembre 2009 par F Bon
3. Le lundi 7 décembre 2009 par leo
4. Le lundi 7 décembre 2009 par Florent G.
5. Le lundi 7 décembre 2009 par leo
6. Le lundi 7 décembre 2009 par KM
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8. Le lundi 7 décembre 2009 par Florent G.
9. Le mardi 8 décembre 2009 par Dahlia
10. Le mercredi 9 décembre 2009 par Florent G.
11. Le jeudi 10 décembre 2009 par NLR
12. Le jeudi 10 décembre 2009 par Florent G.
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