8. Christophe Henning & Noël Herpe
Par Florent Georgesco, le mardi 8 décembre 2009 | Édition :: #8 :: rss
Il faudra un jour faire le compte des auteurs ayant contribué à la revue ; le chiffre doit être impressionnant. Je risque donc de manquer certaines de leurs publications (qu'ils n'hésitent pas à me les signaler), mais en voici déjà deux : Christophe Henning, Il fallait Osée, et Noël Herpe qui publie, chez Aléas, Journal d'un cinéphile (330 pages, 16 euros). Je viens de recevoir ce dernier : j'espère pouvoir y revenir bientôt. Vous trouverez ci-dessous une note de lecture sur le premier, par Cécilia Dutter.
Christophe Henning est journaliste et écrivain. Rédacteur en chef à Panorama, il est l'auteur d'une dizaine de livres (biographies, essais, entretiens). Il donne régulièrement des notes de lecture à La Revue littéraire. Il fallait Osée est son premier roman.
Noël Herpe est historien, critique littéraire et cinématographique, écrivain, cinéaste. Il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages. Il a publié un Journal de Chicago dans La Revue littéraire 40 (juin 2009).
Christophe Henning, Il fallait Osée, Desclée de Brouwer, 192 pages, 16 euros
C’est la prophétie d’Osée que Christophe Henning choisit de conter dans ce beau premier roman servi par une écriture mélodieuse empreinte de volupté.
Qui est Osée ? Ce prophète est mal connu des chrétiens. Il proclame pourtant l’un des plus puissants messages bibliques : il dit l’amour fidèle et persévérant de Dieu pour l’homme pécheur.
Nous sommes au VIIIe siècle avant Jésus-Christ. La situation d’Israël est troublée. Le Royaume est sur le point de tomber sous le joug des Assyriens qui menacent de déporter les Juifs à Babylone. Sur le plan national, de grandes disparités sociales ont récemment vu le jour. Les paysans, ruinés suite à de mauvaises récoltes, ont été contraints de vendre leurs propriétés pour honorer leurs dettes tandis que les prêteurs, minorité privilégiée, ne cessent de s’enrichir. La loi divine qui impose la justice sociale a donc été sévèrement enfreinte. Israël vit dans le péché.
Dieu désigne alors Osée pour s’adresser à son peuple. Et c’est bien entendu la voie de la parabole qu’Il utilise.
Osée, homme de sérieux et de foi écouté par les siens, va tomber fou amoureux de Gomer, belle prostituée au regard envoûtant. Union improbable, amour impossible. Osée a tout à perdre dans cet hyménée : son honneur, l’estime de ses amis et surtout son cœur, que Gomer ne tardera pas à mettre en lambeaux.
Mais chacun sait que l’amour est enfant de Bohême… Osée s’entête. Il veut faire triompher la vertu sur la décadence, ramener la femme légère dans le droit chemin et l’épouser. Séduite par la sincérité de ses sentiments, prise dans les filets de l’amour pur et véritable, Gomer s’incline. Osée exulte : « Je t’ai menée au désert, je t’ai apprivoisée, je t’ai aimée Gomer. Je ne t’ai pas prise, mon amour. Tu t’es donnée. »
Alliance d’Osée, le sage, avec Gomer, la pécheresse : métaphore symbolique de l’alliance de Dieu avec sa créature impénitente puisque l’amour peut tout.
Les années passent, trois beaux enfants naissent de cette union, la routine s’installe. Un jour, Gomer, tenaillée par sa sensualité, quitte le foyer pour retrouver ses anciennes activités coupables. Passée la légitime colère, Osée, le cœur à l’agonie, ne vit plus que dans l’espoir du retour de l’infidèle au bercail. Sa réputation et son âme sont en miettes. Patiemment, il attend.
Cependant, Gomer tarde à rentrer. Osée va la quérir sur les lieux même de sa perdition et lui accorde son pardon. Une nouvelle fois, l’amour sera victorieux et aura raison du péché.
Qui de nous n’est-il pas tantôt Osée, tantôt Gomer, tantôt éperdu, tantôt infidèle ? L’amour humain est versatile et si fragile. « Il n’est que l’amour de Dieu qui puisse être d’absolue éternité. » Car sans relâche, le Créateur, amoureux et miséricordieux, tend la main à son peuple inconstant en l’appelant au repentir.
Remercions l’auteur d’avoir mis en lumière avec talent cette prophétie sous forme de roman où le Dieu de l’Ancien Testament, loin de l’image d’un Dieu vengeur, se montre plein de sollicitude pour l’homme et lui ouvre la porte de la rédemption.
Cécilia Dutter

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