Ils sont légions les éclats littéraires et ils ne datent pas d’hier. Entre les bourdes d’éditeurs et les auteurs qui se tirent dans les pattes, il y a de quoi patauger dans la gadoue. Nous connaissons les débuts de Marcel Proust qui se voit refuser son manuscrit par Gide sous le prétexte d’« enchevêtrements insondables », Mauriac subit de similaires désagréments, j’en passe et des meilleures, et l’on se félicitera ici du « merveilleux flair » de nos chers éditeurs. On se souviendra aussi de ces journalistes facétieux qui, voulant piéger les plus grands de nos éditeurs, eh oui, encore eux, leur envoyèrent allègrement quelques manuscrits (dont le titre est changé) de… Victor Hugo, Marguerite Duras ou encore Jean-Louis Bory, prix Goncourt 1945. Tous refusés, sans exception. Parlons-en des prix littéraires ou autres ratages magnifiques, avec Céline qui se voit souffler le Goncourt, Romain Gary qui l’accepte deux fois ou encore Boris Vian à qui l’on a fait miroiter le prix de la Pléiade et qui s’en retourne Gros-Jean comme devant. Petits mensonges entre amis et arrangements à la sauce littéraire tournent vite au vinaigre ou à l’amertume. Certains ne s’en remettent jamais. On pensera à Jean-Édern Hallier, un peu énervé certes, mais enfin l’acharnement dont fit preuve à son égard François Mitterrand n’y est pas étranger. D’ailleurs, pourquoi est-il connu, Jean-Édern Hallier ? Pour ses écrits, son talent stylistique à nul autre pareil, ou pour le scandale dont il fut l’objet ? Faux enlèvement et persécution socialiste, qu’elles paraissent loin l’ondulation du verbe et l’arabesque de la langue ! Quant aux auteurs, ce sont peut-être les pires. Entre les nègres qui se réveillent et réclament une reconnaissance, les romanciers qui copient leurs petits copains et parlent d’admiration forcenée pour excuser le plagiat ou encore la people attitude pour faire vendre à tout prix… mais où sont les livres ? Les livres ? Qui a parlé de littérature ? Allez, vivent les scandaleux et grand bien leur fasse !