Face à Müller, son supérieur, face à Biosoft, à Biotron, leur rival, dans ce Taiwan post-futuriste, les skyscrapers s’élèvent aux dépens de l’humain, qui s’étiole et se rétracte. Côme fait de la résistance. Il court devant un écran géant avec cardio-trainer et casque plasma, qui déroule devant lui d’autres capitales géantes et métastasées. Le soir, il se ressource au Blue Lagoon, sauna, piscine, sorte de club perché au tout dernier étage d’une de ces tours hurlantes. Là, viennent renaître et se détendre des corps tordus, meurtris, déformés, de jeunes femmes handicapées et ce spectacle lui offre la trouble et rare fascination d’une « énigme insoluble », d’une « image indéchiffrable ». Le voici devenu creepler, c’est-à-dire voyeur. Perdu dans l’exploration de ce nouveau continent, il est soudain réveillé, touché par le fil rouge écarlate d’une aventure qui fait irruption dans sa « sub-existence » sous le nom de Romina. Côme Syracuse réapprend les sens différemment, décline la vie en rouge baiser, au mépris de toutes contingences sécuritaires à double ou triple quand ce n’est pas quadruple niveaux. Paravents, ombres chinoises, distance, faux-semblants et escamotages s’enchaînent jusqu’à la chute, qui signe la fin de la première partie de l’opus. La deuxième, constituée par les carnets de Syracuse, retrace, sur un tout autre mode, le chemin déjà parcouru en l’insérant dans une plus vaste réflexion au terme de laquelle l’intrigue apparaît dans toutes ses dimensions.
Cet étrange roman feutré, désincarné, à l’écriture subtile, sécrète une atmosphère hypnotique, parfois envoûtante. Arrimé à la frontière d’un futur innervé de technologie, il semble pourtant curieusement inaccompli. Il palpite, immatériel, comme un signal lancé dans l’éther par le dernier humain « home made » de la planète, et nous laisse à la fois frustrés, irrités et séduits par sa densité poétique traversée de météores lumineux.