40. RL 42. Max Jacob, Lettres à un jeune homme
Par La rédaction, le lundi 28 décembre 2009 | Critique/Archives :: #40 :: rss
Rubrique "Notes de lecture/Avant janvier".
Max Jacob, Lettres à un jeune homme, Éditions Bartillat, 144 pages, 14 euros
Au crépuscule de sa vie, Max Jacob se retire en province et se lance dans une correspondance avec, disons-le tout bonnement, le monde entier. Car même reclus et diminué, l’écrivain s’intéresse à la société et aux hommes qui la font. Parmi ses destinataires, un jeune potier apprenti-poète, qui s’en vient quérir quelques conseils auprès du maître.
Max Jacob se prend au jeu, il est ravi. « Ma foi ce poème est sincère et n’a pas trop de lieux communs… essayez d’être vrai, de sentir juste et de trouver le mot qui peint, qui définit… mais surtout imaginez, inventez ! Personne n’imagine, ni n’invente ! La littérature se meurt d’inanition ! »
Bientôt il n’est plus question d’avis et de vers mais de toute une existence dépeinte avec sincérité et confiance. Le jeune potier découvre l’évolution de la poésie moderne, Max Jacob évoque son œuvre et sa foi catholique qui n’en est jamais vraiment absente. « Continuez de penser à Dieu, mais ne vous dispersez pas, un seul art suffit à emplir une vie entière. » Il se souvient de ses années parisiennes, de ses amis esthètes, Picasso, Apollinaire, Cocteau. « André Gide trouve que mon meilleur livre est la défense de Tartufe… j’ai connu Picasso qui m’enivra de compliments en 1898… Apollinaire et moi inventions de la poésie. »
Et la familiarité s’en mêle et le respect s’en défend : « Oui mais tu dois me tutoyer aussi. Autrement c’est gênant. Ça a l’air d’un tutoiement de supériorité absurde. »
Nous sommes en pleine Occupation, Max Jacob est terrassé devant les malheurs qui frappent les juifs, « tu es au courant des événements qui pèsent sur ma famille et ma race. Il sera peut-être urgent un jour prochain que je précipite un départ. »
Le jeune potier ne rencontrera jamais Max Jacob. Le poète est arrêté par la Gestapo en février 1944, il meurt lors de son transfert à Drancy.
Une correspondance lumineuse, un document poignant et inestimable sur un homme tendre, généreux et spirituel.

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