Bientôt il n’est plus question d’avis et de vers mais de toute une existence dépeinte avec sincérité et confiance. Le jeune potier découvre l’évolution de la poésie moderne, Max Jacob évoque son œuvre et sa foi catholique qui n’en est jamais vraiment absente. « Continuez de penser à Dieu, mais ne vous dispersez pas, un seul art suffit à emplir une vie entière. » Il se souvient de ses années parisiennes, de ses amis esthètes, Picasso, Apollinaire, Cocteau. « André Gide trouve que mon meilleur livre est la défense de Tartufe… j’ai connu Picasso qui m’enivra de compliments en 1898… Apollinaire et moi inventions de la poésie. »
Et la familiarité s’en mêle et le respect s’en défend : « Oui mais tu dois me tutoyer aussi. Autrement c’est gênant. Ça a l’air d’un tutoiement de supériorité absurde. »
Nous sommes en pleine Occupation, Max Jacob est terrassé devant les malheurs qui frappent les juifs, « tu es au courant des événements qui pèsent sur ma famille et ma race. Il sera peut-être urgent un jour prochain que je précipite un départ. »
Le jeune potier ne rencontrera jamais Max Jacob. Le poète est arrêté par la Gestapo en février 1944, il meurt lors de son transfert à Drancy. Une correspondance lumineuse, un document poignant et inestimable sur un homme tendre, généreux et spirituel.