42. RL 42. Nam Lé, Le Bateau
Par La rédaction, le lundi 28 décembre 2009 | Critique/Archives :: #42 :: rss
Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".
Nam Lé, Le Bateau, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon, Albin Michel, 362 pages, 22 euros
Iowa. Un jeune écrivain d’origine vietnamienne a quitté son pays, l’Australie. Il a trois jours pour écrire une nouvelle mais son père débarque. Son père qu’il n’a pas vu depuis trois ans. Tellement de non-dits, de choses cachées, le Vietnam, les Américains qui massacrent les Viêt-Cong… et le jeune homme écrit l’histoire de son père, et le père détruit la nouvelle, nous sommes en Amérique.
New York. Revoir Élise, sa fille, son amour. La dernière fois, elle avait 1 an. Sa mère l’a emmenée en Russie. Lui, il n’a eu que ses yeux pour pleurer. Bien sûr il y avait l’amour d’Olivia et puis la peinture. Mais aujourd’hui Olivia est morte, la peinture il n’y arrive plus et on vient de lui trouver un cancer. Alors quand Élise, sa fille, la célèbre violoncelliste de 18 ans, vient jouer à Carnegie Hall, il se précipite. Mais Élise refuse de le voir.
Colombie. Un jeune garçon et son meilleur ami. Les trafics, la drogue, ils touchent à tout. Un jour, ils sont enlevés par des hommes plus forts et véreux. Ils se libèrent, ils les tuent, ils apprennent le goût de la mort. Ça rapporte. L’un devient tueur à gages, l’autre lui dit de se méfier. Il s’appelle Hernando. L’un croit qu’il se bat pour la cause jusqu’au moment où son commanditaire lui dit d’assassiner l’autre, Hernando…
Une petite ville au Japon. Avec des gens comme les autres, des familles, des enfants. Bien sûr il y a la guerre, bien sûr on n’aime pas les Américains, bien sûr la nourriture vient à manquer, le riz n’est pas aussi bon qu’avant et puis les gens n’ont pas trop le moral… mais enfin, tant que les oiseaux chantent encore au-dessus d’Hiroshima…
C’est un bateau rempli d’émigrants vietnamiens. Ils rêvent de l’Australie. Ils sont entassés dans la cale. Ils ne sont ni assis ni debout, il n’y a pas de place, il n’y a bientôt plus rien à manger ni à boire. Le bateau dérive, la terre ne vient pas, on jette les premiers cadavres par-dessus bord. Et puis il y a Maï, une jeune fille, et puis Quyen et son petit garçon, Truong. Il a 6 ans et déjà il ne croit plus à rien mais il chante comme s’il allait mourir demain. Il va mourir demain.
Il y en a sept. Sept très grandes nouvelles ou bien sept mini-romans au style incisif, aux phrases courtes et aux images renversantes. Dont on se remet à grand peine. Parce qu’on a qu’une envie, se laisser submerger par une émotion presque palpable, c’est cela la force de la littérature, voguer ensemble sur le même bateau. Celui de Nam Lé, un écrivain majeur. Il s’agit de le crier haut et fort !

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