45. RL 42. Dominique Fabre, J’aimerais revoir Callaghan
Par La rédaction, le mardi 29 décembre 2009 | Critique/Archives :: #45 :: rss
Rubrique "Notes de lecture/La rentrée de janvier".
Dominique Fabre, J’aimerais revoir Callaghan, Fayard, 224 pages, 17,90 euros
C’était à l’internat, des moments, comme ça, qui n’ont l’air de rien et qui bouleversent toute une vie. Lui, il s’appelait Jimmy Callaghan, eux ils l’appelaient l’Anglais parce qu’il était anglais et que c’est une raison valable. Callaghan, le narrateur ne l’a jamais oublié. Peut-être parce qu’il était le premier à avoir perdu son père, peut-être parce qu’il a osé le crier très fort, que son père c’était tout pour lui, même s’il buvait, et puis sa tante Myriam avait des yeux bleus délavés, des yeux qu’il aimait. Il ne s’est jamais senti français, Callaghan, ou bien est-ce sa mère qui n’a pas su y faire. Callaghan ou la légende. Il fumait des Benson mais n’avait rien contre la marijuana. Il avait des dettes envers les pensionnaires et des ennemis qui voulaient lui faire la peau. Callaghan, un nom de héros de western, le premier à faire une fugue, un trou dans le grillage, les flics à ses trousses et la forêt de Saint-Cucufa pour seul repaire. Callaghan, un jour il n’en reste plus que des souvenirs, le narrateur est passé de 15 ans à 40 sans s’en être vraiment rendu compte.
Et Callaghan revient. Avec une valise pleine de vie, une fillette métisse, des maîtresses exotiques et le hâle du soleil d’Australie. Un passé mais pas d’avenir. C’est ça, Callaghan. Toujours le même, on ne va pas contre la légende. Et le narrateur lui ouvre sa porte. Oui, Callaghan n’a pas d’avenir, le narrateur cherche le sien dans sa mémoire. Et Jimmy s’en va, il traverse la Manche mais oublie sa valise, ses photos, le sable d’Australie… Encore quelques années, le narrateur a perdu sa petite amie entre Asnières et la gare Saint-Lazare, il est installé dans sa petite vie et toujours cette idée qui lui trotte dans la tête et martèle ses pensées : « J’aimerais bien revoir Callaghan. » L’Angleterre n’est pas si loin quand on y songe. Il suffit de prendre le ferry. Callaghan aussi a installé sa vie. Gérant de pub, le début d’une bedaine, les tempes grisonnantes et une maîtresse qui a quelques années de moins que lui. Il était temps. Et quand le narrateur lui rend sa valise, pas sûr qu’il l’ouvre, Callaghan, parce que sa force, c’est de regarder toujours droit devant, peut-être pour cela que le narrateur n’arrive pas à l’oublier… On appelle ça l’amitié, l’espoir aussi, l’admiration peut-être. On a tous en nous quelque chose de Callaghan…

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