À Bruxelles, Jeanne grandit au milieu des fils de lin. Sa mère brode, son père vend ses pièces au marché. Ils tiennent un petit commerce. Existence tranquille de « braves gens ». Jeanne est heureuse mais elle s’ennuie. Déjà elle veut mieux, déjà elle s’impatiente… Un jour, le père tombe malade, la famille vole en éclats, le confort se fissure. Alors Jeanne fuit. Un amoureux français l’emmène à Paris, lui promet le mariage, la grande vie. Las, il se fiance avec une autre. Inconséquence masculine. Première leçon. Qu’importe, on se console vite quand on a seize ans. Surtout lorsqu’on a une sœur aînée qui vous enseigne les us et coutumes… du demi-monde. C’est la Belle Époque, on s’amuse, on festoie, on s’encanaille, on s’étourdit.
Mais bientôt la Première Guerre mondiale sonne le glas de ces plaisirs foisonnants. Dans un Paris meurtri, la jeune femme va faire une rencontre décisive : celle du grand bijoutier Louis Cartier. Amant, démiurge, pygmalion, il lui révèle le secret des pierres précieuses et des alliages. Oiseaux de paradis, parures indiennes, trésors d’orfèvrerie à géométrie variable, ensemble ils créeront, avec un goût très sûr, les plus fabuleux bijoux que la joaillerie française ait jamais comptés. Et quand finalement Louis quittera Jeanne pour une femme de son milieu, union plus convenable aux yeux de sa famille, conscient du talent de son ancienne maîtresse, il lui offrira rien moins que la direction de la Haute-Joaillerie en lui confiant les rennes de sa maison.
Cependant la Seconde Guerre mondiale à nouveau s’interpose. Le monde bascule dans l’innommable. Prise entre les griffes des nazis, Jeanne ne devra son salut qu’à l’intervention d’une grande dame de la mode, une certaine Coco Chanel, qui la sauvera in extremis.
De sa plume aérienne et passionnée, Stéphanie des Horts – dont le nom semblait prédestiné – dresse ici un étourdissant portrait de femme alliant modernité, courage et génie. Une traversée du siècle en compagnie de Proust, Cocteau, Hemingway, Scott et Zelda Fitzgerald d’un côté, de Dior, Schiaparelli et de la duchesse de Windsor de l’autre. Somptueuse Jeanne Toussaint, qui parcourut l’époque à la fois désinvolte et fière, abandonnant dans son sillage un parfum de diamant et d’élégance…