80. RL 44. Anti-édition & rétropublication
Par La rédaction, le vendredi 26 février 2010 | General :: #80 :: rss
La Revue littéraire n°44, mars 2010
Éditorial
Anti-édition & rétropublication
Les nouvelles pratiques rendues possibles par l’Internet ont commencé à modifier en profondeur la chaîne des métiers du livre mais aussi les relations entre les écrivains et le système dans lequel ils travaillent. Si la tendance globale est au rapprochement entre lecteurs et auteurs, les voies qui mènent au court-circuit progressif des divers intermédiaires sont multiples. Deux expérimentations qui se présentent de façon symétrique, l’anti-édition d’une part et la rétropublication d’autre part, illustrent cette variété.
L’anti-édition est une notion et une pratique qui viennent d’être inventées par Marc-Édouard Nabe, premier auteur ayant décidé de se passer de l’ensemble du système pour mettre lui-même ses propres livres à la disposition des lecteurs. Dans l’anti-édition, l’auteur d’un livre le fait imprimer lui-même, gère son stock directement, vend directement à partir d’une plateforme Internet spécifique. Il n’a recours à aucun des mécanismes devenus traditionnels depuis un siècle : la distribution, la diffusion, la librairie.
La rétropublication est un principe mis en œuvre par les Éditions Léo Scheer depuis deux ans. Elle permet à des auteurs de mettre en ligne leurs manuscrits bruts sur une plateforme où ils peuvent être téléchargés gratuitement par des lecteurs qui ont ainsi la possibilité de les lire, de les commenter, de les évaluer et, au-delà, de découvrir les diverses nouvelles formes d’écriture apparues dans l’Internet. Ces lecteurs sont aussi bien des professionnels qui décident parfois de les publier dans le circuit traditionnel du livre, de les rétropublier.
Ces deux approches sont symétriques et a priori opposées dans la mesure où la première rompt avec le système de la librairie alors que la seconde fait revenir vers la librairie des textes qui vivent en dehors d’elle. Elles ont en commun un rapprochement entre auteur et lecteur qui permet l’apparition de nouvelles communautés autour du livre, lesquelles peuvent devenir le support de son avenir.
Ce numéro les réunit, en donnant la parole à Marc-Édouard Nabe, qui explique en détail les raisons et les conditions de la rupture fondatrice à l’origine de l’auto-édition de son nouveau roman, L’Homme qui arrêta d’écrire, et en rétropubliant un choix de certains des textes apparus sur la plateforme M@nuscrits, comme La Revue littéraire l’avait fait il y a un an, au moment où naissait la collection « M@nuscrits », qui compte désormais huit titres.
Léo Scheer & Florent Georgesco

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