la politique une sacrée passion bien française j’obtiens ma licence de droit je deviens secrétaire parlementaire de Georges Monnet député & futur ministre de l’Agriculture du Front populaire reçu troisième à l’agrégation de philosophie je prends mon poste de professeur de philosophie au lycée Victor-Duruy le lycée de garçons de Trois-Rivières candidat aux élections cantonales l’accident de voiture met un terme à mes ambitions

(3649) claude passe son bac d’abord puis se marie après son service militaire

je fais mon service militaire à Strasbourg puis au ministère de la Guerre je fonde à la SFIO avec dix de mes camarades agrégés le groupe Révolution constructive le jargon de l’époque contribuer à la rénovation intellectuelle sic du parti j’épouse bientôt Lina Dreyfus

monsieur Dubos je vous le confirme le mariage est une maladie dont on ne guérit que par la mort d’un des deux époux mais il est certain que divorcer devient de plus en plus facile

celui qui pense que chez les grands personnages les nouveaux bénéfices font oublier les vieilles injures il s’abuse

il existe dans notre pays une solide permanence de bonapartisme où se rencontrent la vocation de la grandeur nationale tradition monarchique & la passion de l’unité nationale tradition jacobine

avec cette ordonnance madame Delgado allez tout de suite chez monsieur Portal notre pharmacien le pharmacien *complice du médecin bienfaiteur du croque-mort fournisseur de la vermine du cimetière je plaisante madame Delgado

je me sépare de Dina je suis mobilisé au ministère des Postes Téléphone et Télécommunications comme agent de liaison affecté près de la ligne Maginot drôle de guerre la débandade je me retrouve à Bordeaux à Béziers dans les Cévennes où se seront réfugiés mes parents

(3650) allo hisse & oh

ce psychiatre allemand semble rester officiellement sain d’esprit on ne peut se fier à personne jusqu’à la fin de ses jours son nom passant même à la postérité pendant plus d’un siècle se souvenir qu’il aura examiné une patiente Auguste D. admise à l’hôpital de Francfort le 25 novembre 1901

outre des troubles de la mémoire elle présente une série de symptômes allant jusqu’à l’aphasie la perte du sens de l’orientation temporospatiale un comportement imprévisible des troubles de la personnalité de type paranoïaque des hallucinations auditives & un délabrement psychosocial avancé

en 1903 le docteur Alzheimer change d’asile quitte Francfort après un séjour à Heidelberg il s’installe à la clinique psychiatrique royale de Munich dirigée par le professeur Kraepelin

militante non repentie d’un réseau activiste nommé Action directe je meurs un an et demi après ma sortie de prison où j’aurai passé dix-sept ans condamnée pour le meurtre du président directeur général de la régie Renault une entreprise française créée au début du vingtième tome par Louis du même nom

le nom de mon père on m’appelle aussi p’tit Louis mes usines fabriquent des véhicules automobiles pendant toute la durée du vingtième tome & bien au-delà encore

(3651) mille sabords

dans ce voyage on aura vu aussi des gymontes-fierafers blanchâtres des murènes-congres enjolivées de vert de bleu de jaune des gades-merlus des coepoles taenias des trigles appelés poissons-lyres par les poètes & poissons-siffleurs par les marins des trigles-hirondelles des holocentres-mérous à tête rouge à la nageoire dorsale garnie de filaments des aloses à taches noires grises brunes bleues jaunes vertes de splendides turbots ces faisans de la mer d’admirables mules-rougerts véritables paradisiers de l’océan deux ou trois cachalots quelques dauphins du genre des globicéphales une douzaine de phoques blancs & noirs connus sous le nom de moines une tortue luth quelques cacouanes à carapace allongée des éponges des holoturies des beroès plus connus sous le nom de concombres des mers un grand nimbre d’oursins comestibles des actinies vertes au tronc grisâtre au disque brun se perdant dans leur chevelure olivâtre de tentacules & puis d’innombrables mollusques & crustacés & tous les navires naufragés toutes les épaves des ancres des canons des boulets des garnitures de fer des morceaux de machines des cylindres brisés des chaudières défoncées des coques de la côte algérienne jusqu’aux rivages de la Provence

heureux qui comme Ulysse

(3652) personnages en forme de tabourets de bar

j’habite à Verrières une petite ville du Doubs j’aurai fréquenté le petit séminaire de Besançon puis je suis chez monsieur de La Mole à Paris je ne sais plus si je m’appelle Lucien Henri Julien ou Fabrice j’ai les joues rougies l’apparence d’un jeune homme faible & fluet aux traits irréguliers aux mains délicates mon nez est aquilin grands sont mes yeux noirs mes cheveux sont châtains plantés fort bas j’ai une taille svelte & bien prise une chemise blanche sous le bras une veste de ratine violette
je lève les yeux et vois une grande maison moins mesquine que celles devant lesquelles le régiment aura passé jusque-là au milieu d’un grand mur blanc il y a une persienne peinte en vert perroquet
quel choix de couleurs voyantes ont ces marauds de provinciaux
je me complais dans cette idée peu polie lorsque je vois la persienne vert perroquet s’entrouvrir un peu c’est une jeune femme blonde qui a des cheveux magnifiques et l’air dédaigneux elle vient voir défiler le régiment toutes mes idées tristes s’envolent à l’aspect de cette jolie figure mon âme en est ranimée les murs écorchés et sales des maisons de Nancy la boue noire l’esprit envieux & jaloux de mes camarades les duels nécessaires le méchant pavé sur lequel glisse la rosse qu’on m’aura donnée peut-être exprès tout disparaît un embarras sous une voûte au bout de la rue force le régiment à s’arrêter la jeune femme ferme sa croisée & regarde à demi cachée par le rideau de mousseline brodée de sa fenêtre elle peut avoir vingt-quatre ou vingt-cinq ans je trouve dans ses yeux une expression singulière est-ce de l’ironie de la haine ou tout simplement de la jeunesse & une certaine disposition à s’amuser de tout
le second escadron dont je fais partie se remet en mouvement tout à coup les yeux fixés sur la fenêtre vert perroquet je donne un coup d’éperon à mon cheval qui glisse tombe & me jette par terre

(3653) art & manières de province

Verrières est aussi une commune des Ardennes de l’Aveyron c’est le nom d’une douzaine d’autres communes françaises mais c’est bien connu & c’est la vérité l’âpre vérité Verrières n’existe pas pourtant elle peut passer pour une des cités parmi les plus jolies de Franche-Comté elle a des maisons blanches aux toits pointus de tuiles rouge en contrebas des fortifications en ruine jadis édifiées par les Espagnols coule Doubs c’est une ville imaginaire abritée du nord par les cimes enneigées dès octobre du Mont Verra une des branches du massif du Jura un torrent la traverse il y a des scies à bois & surtout une fabrique de toiles peintes dites de Mulhouse qui aura fait sa richesse
quand on y entre on est frappé par le fracas de vingt marteaux fabriquant des clous des milliers de clous chaque jour elle appartient à monsieur le maire tous les chapeaux se lèvent à son passage
je m’appelle monsieur de Rênal j’ai un costume gris & les cheveux grisonnants moi aussi le nez aquilin & les traits plutôt réguliers

à la période du feu aura succédé la période de l’eau l’océan est d’abord universel peu à peu dans les temps siluriens des sommets des montagnes apparaissent des îles émergent disparaissent sous des déluges partiels se montrent à nouveau se soudent forment des continents enfin les terres se fixent géographiquement telles que nous les voyons le solide aura conquis sur le liquide

madame Crabos plus longtemps nous aurons été vivants & moins longtemps nous allons être morts

j’avale un café brûlant & serré tous les matins coup de fouet d’amertume au comptoir du Café des Sports il n’y a pas que des sportifs surtout des athlètes de zinc j’y collectionne les traits d’esprit les quelques solides habitués piliers poivrots de toutes teintes du jaune sec parcheminé au bouffi écarlate accoudés devant un côte de mousse un galopin un petit blanc un rosé un rouge y côtoient les noctambules venus s’achever au mêlécasse à la vodka au pastis les vannes fusent je note mental & me prépare à rejoindre mon cabinet vingt minutes de marche rapide

(3654) vertiges intemporels

balivernes vrai faux roman Louis XVI décapité depuis 6 ans enfanté après le fracas de la Révolution française je débarque à Tours 33 jours & puis m’en retourne m’en vais premier enfant je meurs & c’est mon frère cadet l’enfant qui vient me suivant me succédant me remplaçant un an plus tard jour pour jour 1er Prairial an VII à 11 heures du matin

treize universités sont en grève un étudiant gréviste est-il un étudiant qui refuse d’étudier un étudiant gréviste peut-il faire grève pour que les jours où il n’aura pas étudié puissent être payés les étudiants font grève pour obtenir le retrait de la loi dite du CPE Contrat de première embauche bientôt il y a 4 0000 manifestants dans les rues des villes de France pour la police & un million selon les organisateurs il faut te rappeler que les policiers additionnent le nombre des jambes des marcheurs & de roues des fauteuils des handicapés moteurs divisent ce chiffre par quatre ou par huit selon leur humeur du jour ou les consignes de leurs supérieurs hiérarchiques qui il ne te faut point en douter dépendent tous du gouvernement en place tandis que les organisateurs multiplient volontiers par douze le chiffre déclaré par la police

lors de son admission il lui pose des questions qualifiées habituellement de simples il transcrit de façon systématique on peut lui faire confiance à Aloïs les réponses

il poursuit l’entretien du 28 au 30 novembre 1901 elle s’assoit sur le bord de son lit l’air hébété tête d’un vieil Indien sioux chiffonné traits tirés déshydratée cheveux noirs épais & emmêlés elle nage dans la sueur la crasse une chemise de nuit de drap grossier d’un blanc pisseux

quel est votre nom Auguste

votre nom de famille

Auguste

quel est le nom de votre mari

Auguste je crois

ah mon mari elle semble ne pas comprendre la question

êtes-vous mariée à Auguste madame D.

oui oui Auguste D.

(3655) mais où est donc ornicar

on lui montre des objets elle ne se souvient pas après un court instant de ce qu’elle aura vu entre-temps elle parle continuellement de jumeaux on lui demande d’écrire elle tient le livre de telle façon qu’on a l’impression qu’elle a perdu une partie du champ visuel droit désordre de l’écriture d’origine amnésique dans la soirée discours plein de déraillements paraphasiques & de persévérations

il n’existe pas à ma connaissance de biographie d’Auguste Deter est-on certain qu’elle s’appelle Auguste n’est-ce pas par hasard le prénom de son mari même s’il est vrai qu’Auguste est aussi un prénom féminin en Allemagne la maladie n’aura-t-elle pas commencé non par des plaintes mnésiques mais bien par un délire de jalousie à son égard & d’ailleurs où est-il ce mari absent du dossier aura-t-on eu les moyens de vérifier cette identité son mari l’aura-t-il vraiment trompée ne vaut-il mieux pas perdre la mémoire plutôt que d’être tourmentée par les affres de la jalousie

j’écris ce texte cher lecteur je le transcris chère lectrice alors qu’en France viennent d’avoir lieu les deuxièmes élections présidentielles du vingt-et-unième tome septième chapitre je vous aurai fait croire avec l’aide des six autres premiers narrateurs de ce pseudo & vrai prologue que le texte alors embryonnaire & difforme mis en ligne site de Léo Scheer & sous le titre ANNA O. LÉO NÉMO OU L'OR DU TEMPS ROMAN
il en aura constitué le prologue le texte à venir va s’intituler progressivement LÉO NÉMO L'ÉTERNITÉ ROMAN