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jeudi 31 décembre 2009
Par Florent Georgesco, le
jeudi 31 décembre 2009 | Textes/Archives
Nous avons eu la chance, dès les premiers numéros, de publier des textes de Raymond Federman, qui nous a fait cette année la mauvaise blague de mourir. Je tenais à commencer cette première série de mise en ligne d'archives avec lui, en signe amical adressé au hasard, mais dont j'aimerais qu'il puisse le percevoir, si son actuelle transmutation le permet, et si remercier quelqu'un pour ce qu'il était peut avoir un sens.
Il s'agit d'une conférence qu'il a donnée en Roumanie en 2003. Elle est assez claire pour se passer d'introduction. Elle est, d'autre part, assez profonde pour rester actuelle.
La Revue littéraire n°2, mai 2004
Raymond Federman
Le dernier combat de la littérature
traduit de l'anglais par Laurent Marty
En tant qu’écrivain, écrivain américain – bien que l’anglais ne soit pas ma première langue et que j’écrive à la fois en anglais et en français, je me considère comme un écrivain américain –, je ne peux parler que d’où je vis et écris, mais je pense qu’il m’est nécessaire de me situer, intellectuellement, par rapport au thème dont je vous entretiendrai ce soir, lequel pourrait être : le prophète déchu ou la littérature en crise dans le nouveau siècle.
Je ne dois pas me tromper de beaucoup en pensant que ce titre suggère, face aux grands changements sociaux, politiques et technologiques qui ont eu lieu dans le monde au siècle passé, face à ce monde en ébullition, que la littérature, au lieu d’être en phase avec le nouveau siècle, est en danger – en grave danger – de n’être plus qu’inefficace et obsolète, en grave danger d’extinction. Ainsi est-il essentiel et urgent pour ceux qui croient encore à la littérature, ceux qui la pratiquent encore, ceux qui continuent à commettre des livres, d’affronter cette crise et ce danger, et de puiser aux sources vives de la littérature pour assurer sa survie. En d’autres termes, il est urgent pour la littérature de livrer combat afin qu’elle puisse continuer à exister dans le monde et faire ce qu’elle a toujours fait : s’emparer du monde, représenter le monde, expliquer le monde, clarifier le monde, le réinventer. Il est urgent que la littérature résiste, même s’il s’agit là de son dernier combat. Lire la suite
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mardi 29 décembre 2009
Par La rédaction, le
mardi 29 décembre 2009 | Textes/Archives
Manuel Goldman
Nasir Jones : un prophète
Au début des années 80, Nas, de son vrai nom Nasir Jones, est fan des cinq frères Jackson. Il vit dans l’une des cités de Queensbridge qui s’étend sur quatre-vingt-seize bâtiments, répartis en six blocs. Queensbridge est le foyer des rappeurs Mc Shan, la vraie Roxanne Shanté et du Juice Crew, les rivaux de BDP, le groupe de rap du Bronx le plus puissant de New York à l’époque. Queensbridge est un vrai panier de crabes dans lequel il est impossible d’éviter la pluie, où le réel est un salopard et où les jeunes dealent dans des trous en brique.
L’été 1983 est marqué par Thriller. C’est l’acmé de Michael Jackson et son succès le plus incroyable. Quincy Jones, son producteur, en fait tirer six 45 tours. On n’avait jamais vu ça en Amérique. Les cités du Queens et les autres quartiers vivent au son de « Human Nature », la face B du single, que les nègres préfèrent à « Baby Be Mine ». L’été 1983 sera inoubliable, comme dans la chanson de Nat King Cole. Comme tous les étés de New York. Un été que les gosses du centre de détention pour mineurs Spofford manqueront une fois de plus. C’est l’été où sort Scarface. Ce film bouleverse les garçons du Queens bien plus que la bible. Les nègres mettront cinq ans à faire de ce film une réalité, grâce à une brillante idée : cuisiner la coke à l’eau et au bicarbonate, en faire un soufflé de cailloux stupéfiant qu’on vendra bon marché. C’est l’arrivée du crack en Amérique. Lire la suite
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mardi 15 décembre 2009
Par La rédaction, le
mardi 15 décembre 2009 | Textes/Archives
''La Revue littéraire'' n°32, automne 2007.
(Note 2009 : voir aussi la critique de Romance nerveuse de Camille Laurens et celle de Rapport de police de Marie Darrieussecq.)
Camille Laurens
Marie Darrieussecq ou Le syndrome du coucou
Ça a commencé avec un mot. C’était le 15 juin dernier, au « Marathon des mots » à Toulouse ; j’assistais, en compagnie de notre commun éditeur, invité d’honneur de ce festival, à une lecture de Marie Darrieussecq. En duo avec un comédien, elle a lu des textes d’Hervé Guibert et de Thomas Bernhard, qu’elle alternait avec des textes d’elle, soulignant l’influence que les premiers avaient eue sur son travail. Pendant quelques minutes seulement, elle a lu un extrait de son prochain roman, à paraître en septembre, intitulé Tom est mort. Et pour présenter ce livre, elle a dit quelque chose comme « Il y avait très longtemps que j’avais envie de traiter le thème de l’enfant mort ». Je ne me souviens pas de la phrase exacte, parce que toute mon angoisse s’est concentrée d’un coup sur le seul mot dont je sois sûre : le « thème » de l’enfant mort. Je n’ai pas bien suivi la lecture non plus, j’ai juste noté que la narration était à la première personne, c’était la mère qui racontait, et je me suis sentie soudain menacée, mais sans savoir de quoi.
À peine dans le hall, j’ai demandé à mon éditeur ce que c’était que ce roman, Tom est mort. Il m’a répondu, avec un peu de gêne dans la voix, que c’était l’histoire d’une femme qui a perdu un fils, mais que de toute façon Marie Darrieussecq allait m’en parler, elle voulait m’en parler, elle devait m’en parler, elle comptait m’en parler, il fallait d’abord qu’elle m’en parle. Plus tard, j’ai demandé à quelqu’un qui la connaît bien si Marie Darrieussecq avait perdu un enfant, il m’a dit que non, que c’était une fiction, mais ma question était inutile, au fond, le mot « thème » y avait déjà répondu. Dans la soirée, j’ai compris que plusieurs personnes – des auteurs de la maison, notamment – avaient déjà reçu le livre, le service de presse avait donc eu lieu, Marie Darrieussecq avait l’air radieuse, et à aucun moment il ne m’a semblé qu’elle avait quelque chose à me dire. Je venais d’ailleurs, quelques semaines plus tôt, de passer plusieurs jours avec elle au Salon du livre français de Reykjavik où, alors que je l’interrogeais sur ce qu’elle avait en cours, elle m’avait répondu qu’elle… traduisait Ovide. Lire la suite
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