Pour en finir avec la drogue, une métaphore simple, puis l'analyse d'un chef d'oeuvre du cinéma, mon film préféré, qui en montre les limites irréfutables.

Quand on commence à sortir dans des soirées glam parisiennes, on s'imagine que l'on ressemble à Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany's, alors que c'est plutôt Johnny Deep et Benicio del Toro dans Las Vegas Parano, au moment où ils s'enferment dans une piaule de motel et s'envoient toutes les drogues possibles et imaginables qu'ils ont ramenées dans une valise. Une queue de lézard pousse sur Johnny Deep et l'autre a des envies de meurtre, délirium extrême et intoxiqué digne de William Burroughs. On se dit qu'il serait plus agréable de fumer une herbe excellente, allongé dans un sofa en écoutant le sublime premier album de Sébastien Tellier, Politics, ou la chanson douce amère de Lou Reed, "Ecstasy", dans une ambiance à la Nancy Botwin de la série Weeds. De la Hayes ou de la Orange Bud, c'est la meilleure défonce, je vous assure.

C'est comme si vous dansiez sur la drum'n' bass punk des George Leningrad, l'album Sur les traces de Black Eskimo, en plein milieu du Mathis, où tout le monde discute à pas feutrés. Il faut faire bonne figure, rester calme et polie, alors que la tête est stressée au maximum par la cocaïne, que l'on a envie de hurler, de taper quelqu'un et de retourner immédiatement reprendre un trait, plus gros, pour s'abrutir, et accentuer la distance avec les gens, surtout quand il faut être digne socialement, comme l'exige la bonne société culturelle et bourgeoise d'une ville comme Paris. Ce qui serait parfait, écouter la musique de In Flagranti, les deux albums disco-punk, Wronger than anyone else et Brash & Vulgar (label Codek) dans un bar branché de New York, juste un peu perchée avec un blunt et du champagne.

Alors, le chef d'oeuvre, Les Nuits de la pleine lune d'Eric Rohmer, le film qui me touche le plus profondément, dans lequel je me reconnais d'une manière très intime, intransmissible, pas juste explicitement, mais à plusieurs niveaux très significatifs, les signes du destin : Rohmer est un cinéaste que j'aime pour cette apparente douceur qui contient les pires passions, le film est interprété par la plus belle égérie junkie, Pascale Ogier, maigre et délicate dans ce dernier souffle - elle meurt d'overdose à l'héroïne dès la fin du tournage, sans même avoir vu le film - la musique est composé par un groupe proto-punk de la scène française du début des années 80, Elli & Jacno, dont la BO est à tomber par terre. Moment magique, Pascale Ogier danse sur "Les Tarots", à côté d'Elli, aussi chou qu'elle, la chanteuse et l'actrice dégagent la même mélancolie insouciante. Les Nuits de la pleine lune date de 1984, dernière année de ma période de prédilection, celle du post-punk, qui se situe entre 1978 et 1984. Fabrice Luchini est formidable dans ce premier rôle important, où il a déjà créé son personnage de séducteur gauche et un peu teigne. L'histoire est magnifique, celle d'une jeune femme qui ne peut choisir entre vivre avec son homme, dans un joli pavillon de banlieue, et la vie de fête, de célibataire qui sort tous les soirs, pour danser avec son pote amoureux et fidèle. Inclu dans la série à voir absolument "Comédies et Proverbes", ce film illustre un dicton champenois : "Qui a deux femmes perd son âme, Qui a deux maisons perd la raison." Cela dépend du moment, après plusieurs années de bringue, chiller à la maison, c'est quand même cool.