Se partager entre deux hommes, entre deux vies, mentir, se cacher, combiner l'impossible, avoir un amant et un mari, sans culpabilité ni reproches, de l'autre, amant ou mari, peut rendre fou, faire perdre la tête, ne plus savoir où on en est. Même si l'adultère n'est plus une faute aujourd'hui, la femme qui se permet d'aimer deux hommes à la fois est une belle salope. Elle fait preuve de légèreté, se cache à elle-même l'égoïsme et l'indépendance d'une telle démarche, c'est une fille facile, pas respectable. Dans un moyen métrage avec Macha Méril, Une femme mariée, Godard illustre avec finesse cette confusion qui nous libère du sentiment de réalité. Le film devait s'intituler La Femme mariée, mais en 1964, une telle généralisation a fait scandale. Des plans rapprochés de corps, une main de femme glisse sur le dos d'un homme, une fois sa main porte une alliance, d'autres fois non. Ce n'est pas la même personne qu'elle caresse pourtant de la même manière. Les corps semblent flotter entre deux états d'âme, une fois l'étreinte consumée, la femme se rhabille en bourgeoise, elle est une autre femme, ou est-ce la vraie, celle qui ne se dérobe pas derrière les bonnes moeurs?

Lorsqu'elle devient folle, la femme adultère, maîtresse ou épouse, ne sait plus qui elle est, ce qu'elle veut, elle fait des scènes, se montre hystérique, et on lui rétorque : c'est bien les femmes, ça. Christophe l'accepte même comme une donnée incontournable quand on aime une femme, dans sa chanson "Tu es folle". Cette femme au bord de la crise de nerfs ressemble à Maïwenn dans son film Pardonnez-moi, quand elle pète les plombs avec une poupée devant son père, rejouant les moments de violence insoutenable qu'il lui faisait subir dans son enfance. Consultation chez le médecin, refus de la psychanalyse, on passe déjà beaucoup de temps à parler de soi, prendre des médocs, voilà une solution. Anafranil, Rivotril et Laroxyl. Un coup de sang, la femme étouffe de douleur, elle aime les deux hommes vraiment, ne peut pas se couper en deux. Avaler une boîte de Lexomyl. Tous ces noms en 'il', comme une île, une pacotille, futile ou débile. Atterrir à la Clinique des Pages, Vézinet, là où Truffaut venait souvent atténuer ses dépressions, là où, entre autres endroit, Brando confia sa fille Cheyenne, tellement junkie, tellement destructrice (son fils a du être désintoxiqué pendant 6 mois à la naissance, avant que Cheyenne ne se suicide). Pour les remercier, Brando a offert à la clinique un buste de chef indien en bronze, qui trône à l'entrée, près des malades qui boivent un café machine et fument une clope sur le perron.

Marilou s'est transformée en Samantha, avant la résurrection, la drogue et la passion amoureuse ont eu raison de son être, de son bien-être. Gainsbourg écrit une chanson d'adieu, "Baille Baille Samantha" sur l'album You're under arrest.