55. EPILOGUE - Louise Michel en Nouvelle-Calédonie
Par Angie David, mercredi 9 septembre 2009 :: #55 :: rss

Comme cela se voit au premier coup d'oeil, j'ai grandi dans le Pacifique Sud. Au Vanuatu d'abord (ancien condominium franco-anglais nommé Les Nouvelles-Hébrides avant l'indépendance en 1980) de 2 à 6 ans, puis en Nouvelle-Calédonie jusqu'à l'âge de 19 ans, ayant commencé ma première année de droit là -bas. Ce pays cher à mon coeur reste une origine principale, même si je suis française et vit en France depuis maintenant 12 ans. J'ai d'ailleurs pour meilleurs amis ceux que j'ai connus en Kanaky, nous sommes tous venus faire nos études en France, une partie est rentrée y travailler, l'autre est restée. Mes amis partent les uns après les autres, et j'attends d'avoir le temps de faire un grand voyage pour y retourner (revoir les îles, aller en brousse, faire un stop à Sydney...). 24h d'avion, avec changement à Osaka, 10h de décalage horaire. C'est au sens strict les antipodes, du nord à l'hémisphère Sud, presque 20 000 kms à parcourir, soit la moitié du diamètre de la terre.
Une figure de femme extraordinaire (vous savez que j'ai pour idoles beaucoup de femmes) rattachée à ce petit caillou perdu dans l'Océanie est Louise Michel. Si la Commune éclatait aujourd'hui, j'aimerais jurer devant tous que je descendrai consolider les barricades rue de Rivoli. Louise Michel a eu ce courage de combattre, de soigner les blessés, d'enseigner la lecture et l'écriture aux plus défavorisés. Plusieurs fois emprisonnées, elle refusait de sortir quand ses amis n'étaient pas aussi libérés, malgré les négociations engagées par ses protecteurs. Quelqu'un d'aussi pur et radical, d'aussi dévoué et intelligent, une telle ouverture d'esprit sont dignes d'être soulignés à propos de Louise Michel, exemple de femme moderne qu'il faudrait avoir toujours présent à l'esprit.
Exilée au bagne de Ducos, à la sortie de Nouméa, en 1873 - il faut déjà imaginer le voyage en bateau de 3 à 4 mois - avec d'autres Communards, Louise Michel est la seule, parmi tous les révolutionnaires captifs, à s'intéresser de près à la culture kanak, à ne pas considérer ce peuple comme sauvage, contraint de subir la colonisation et l'évangélisation. Par l'intermédiaire de Daoumi, Kanak travaillant pour l'administration française, elle se passionne pour la nature (80% des plantes sont endémiques au territoire) et la civilisation locales. Elle apprend les dialectes, recueille les légendes et chants kanaks - objet d'un livre récemment réédité, Légendes canaques de Louise Michel. Il faut lire la fable sur l'ingratitude "Le rat et le poulpe", qu'on nous enseignait à l'école primaire. En 1878, a lieu la première grande insurrection kanak, dirigée par le grand chef Ataï, que Louise Michel, au nom de l'égalité de tous les combats menés pour l'indépendance des peuples, est la seule à soutenir. Les Communards n'en ont cure, ils méprisent comme les autres cette communauté dont ils ne connaissent rien. De plus, installée à Nouméa, Louise Michel enseigne à l'école communale de filles auprès des enfants de déportés, et donne des cours gratuits le dimanche, chez elle, aux petits Mélanésiens. Elle n'accepte de rentrer en France qu'en 1880 une fois que l'amnistie totale des Communards est accordée.
Comme biographie de Louise Michel, j'ai choisi celle introuvable, hormis chez les libraires d'anciens (parmi les meilleurs sites en ligne, livre-rare-book.com), d'Edith Thomas, historienne militante qui a toujours mis en lumière des femmes révolutionnaires, publié chez Gallimard en 1971. Parmi les ethnologues qui ont consacré de nombreux travaux à la Nouvelle-Calédonie, Maurice Leenhardt et son magnifique Do Kamo, La personne et le mythe dans le monde mélanésien (Leenhardt profita d'être missionnaire pour étudier les coutumes locales) et Alban Bensa pour tous ses ouvrages et son très joli livre dans la collection Découvertes/Gallimard, Nouvelle-Calédonie, vers l'émancipation, avec en couverture, le sublime centre culturel Jean-Marie Tjibaou conçu par Renzo Piano. Do Kamo est une approche plus sensible que conceptuelle de l'humain, de l'autre. Ce dernier est accepté comme vivant, par opposition aux ancêtres, les disparus qu'il faut respecter par les totems et certains périmètres qui leur sont réservés.
Un petit coup de Kaneka pour finir, musique locale créée à partir du reggae, du pilou (danse traditionnelle où l'on tape des pieds, les chevilles encerclées de clochettes) et de chants kanaks. Le groupe phare est Gurejele, produit par le label de chez nous Mangrove.

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