La version 2 de mon roman s'achève avec cette annexe explicative au sujet de la femme qui a servi de modèle à Marilou, personnage central du concept album de Serge Gainsbourg, L'Homme à tête de chou. Dans les années 70, seuls les fans continuent d'aimer Gainsbourg, la folie hippie l'a relégué derrière les groupes de rock anglais et américains, parenthèse dans sa carrière éblouissante avant un come-back qui le propulse au top de la scène française dans les années 80. Avec Love on the beat et You're under arrest, Gainsbourg est devenu Gainsbarre et une idole absolue pour toutes les générations à venir. Gainsbourg se consacre alors, pendant cette période plus calme et plus propice à des expériences artistiques, aux deux concept albums majeurs dans son oeuvre, Melody Nelson et Marilou. Sombre et angoissé, Gainsbourg longe les trottoirs de la rue de Verneuil, devenue célèbre grâce à sa maison aux murs noirs, sans chaîne hi-fi, juste un piano, et à la façade couverte de graffitis d'adoration, à la recherche d'une idée. Le souvenir d'une femme, une de ses anciennes liaisons des années 60, le hante : Marilu Tolo, starlette du cinéma trendy désormais complètement oubliée, beauté italienne d'une grande liberté amoureuse avec laquelle il a consumée quelques nuits de folle et psychédélique jeunesse. L'image de son visage apparaît et il y appose sa conception baudelairienne des femmes, Marilu devient une shampouineuse pute à ses heures perdues. Devant la vitrine d'un antiquaire, Gainsbourg reste comme fasciné par la vision d'un double de lui-même : une sculpture de Claude Lalanne le regarde, c'est L'Homme à tête de chou.

Avant de l'acquérir et qu'elle trône à l'entrée de sa maison, dans le petit jardin qui la précède, Gainsbourg lit une phrase qui accompagne la statue. "Un corps d'homme surmonté par un faciès de métal conçu à la manière du Cri, le tableau d'Edvard Munch (1893)." La rencontre avec ce personnage est un déclic, il écrira l'histoire d'amour passionnel entre cet homme qui lui ressemble et Marilou, petite gueuse que le héros finit par tuer - métaphore du pouvoir de l'artiste sur sa créature - parce qu'elle le rend dingue de jalousie. Une adorable chanson pop qu'il avait composée pour Marilu Tolo en 1966, "Marilu", se transforme en un album sublime et précieux, peut-être l'oeuvre culturelle qui m'accompagne depuis toute petite et à chaque instant de mon existence. La postérité est acquise malgré l'échec commercial du disque à l'époque de sa sortie. Dialogue entre un homme hybride "moitié légume-moitié mec" en bronze et le musicien, Gainsbourg raconte ainsi le processus créatif qui s'est enclenché : "J'ai croisé L'Homme à tête de chou à la vitrine d'une galerie d'art contemporain. Quinze fois je suis revenu sur mes pas, puis sous hypnose, j'ai poussé la porte, payé cash et l'ai fait livrer à mon domicile. Au début, il m'a fait la gueule, ensuite il s'est dégelé et m'a raconté son histoire."

Si j'avais moi aussi beaucoup d'argent, je m'offrirais une panthère de Lalanne. Ce sculpteur est le plus talentueux pour les figures animales, qui sont parmi mes représentations préférés eu égard à mon goût pour la beauté des animaux. En attendant, je relis l'Histoire naturelle des animaux de Buffon, langue extraordinaire par un écrivain pionnier des sciences-naturelles qui fit un catalogue des espèces grâce à un travail obsessionnel d'observation des mouvements et des comportements du cheval ou du chat.

J'ai couvert avec ce blog l'ensemble des références culturelles qui jalonnent le roman et réfléchie actuellement à la suite. Un billet inaugural présentera le nouveau principe du blog de Marilou, d'ici le 15 novembre. Tout ce que je sais est que les prochains billets seront plus courts, moins développés dans le contenu et en revanche beaucoup plus fréquents. Je ne laisserai plus le même billet pendant plus de 10 jours... A bientôt.