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mardi 29 juin 2010
Par Angie David,
mardi 29 juin 2010

Retour à la musique électronique avec un artiste considéré comme grand public, ceci dans un cercle relativement restreint, comme on dit de Sébastien Tellier qu'il approche le mainstream. En réalité, les ventes de ces disques demeurent équivalentes à celles des livres, ce qui donne une petite idée. Tiga est un artiste qui balance du gros son dance-hall tout en réussissant des mouvements de boucle dignes des meilleurs compositeurs d'électro-glam.
Certains reprochent à ce Canadien son style "métro-sexuel", mais pour moi cette catégorie ne veut rien dire sociologiquement, ce n'est qu'une terminologie inventée par les medias. Tiga représente dans son look une actualité en harmonie avec les nouvelles générations, androgynes influencés par les mangas et la culture japonaise. Tiga se maquille les yeux au khol tout en s'habillant comme un garçon. Je pense qu'il recherche d'avantage une combinaison entre les émos (de émotionnels), nouveaux gothiques ou punks bisexuels ou asexuels, et le glamour ambivalent (les hommes maquillés et portant sac à mains, talons compensés et cheveux longs) tel qu'il a existé au début des années 70, avec le glam-rock et le fulgurant T-Rex.
Le futurisme de la musique électronique permet d'incarner le transexualisme , le troisième sexe, typologie au coeur de la nouvelle civilisation occidentale.
Ecoutez sur son excellent album Ciao! Tiga, "Beep Beep Beep" et "Shoes". J'adore ce côté new wave clubbing.
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mercredi 23 juin 2010
Par Angie David,
mercredi 23 juin 2010

Il n'y a pas d'actualité stricto sensu sur Joël Seria, son dernier film, Mumu, est sorti en mars dernier, 25 ans après une série de chef d'oeuvres qu'il réalisa dans les années 70. Joël Seria est un de mes cinéastes français préférés avec Maurice Pialat, Eric Rohmer et Barbet Schroeder. Il a inventé une figure flamboyante du beauf national, incarné par le magistral Jean-Pierre Marielle, hard-core jusqu'au bout et pourtant tellement poétique, dans sa connerie comme dans son idéalisme de l'amour, il ne demande qu'une femme, des gosses, le soleil et des potes pour être heureux. La marque de fabrique de Seria n'est pas seulement l'humour irrésistible et la beauté de la langue, ni le jeu lâché de ses acteurs et actrices qui osent l'extrême sans aucune coquetterie déplacée, mais la décoration et le stylisme.
Pointilleux sur le choix des papiers peints over kitchs, les sapes démentes en vynil rose ou tweed pop, les voitures, les objets du quotidien, le bistrot, on boit des perroquets et surtout on parle de cul. Culottés, les films de Seria le sont, accentués par la narration romanesque et romantique, une esthétique de l'image brillant de mille feux. Je vois et revois Les Galettes de Pont-Aven et surtout, mon chouchou, Comme la lune, sans jamais quitter la tension hypnotique et le rythme trépidant de ses films, hurlant de rire au fur et à mesure où on discerne la polysémie des dialogues et scènes. Marie Poupée est une ode scandaleuse aujourd'hui de la pédophilie fantasmée, avec un homme qui aime une femme parce qu'elle ressemble aux poupées de porcelaine qu'il collectionne. Jeanne Goupil, sa femme et égérie, irradie une de fois plus le film. Je n'ai jamais eu l'occasion de voir Les deux crocodiles où Carmet et Marielle vivent une passion physique. En revanche, j'ai adoré son dernier film, Mumu sur lequel à l'époque j'avais écrit un texte que je publie ici, infra.
Un excellent reportage de Tracks a été consacré à Joël Seria lors de la sortie de Mumu, les extraits des différents films sont lumineux.
En DVD, on trouve Les Galettes, Comme la lune, Mais ne nous délivrez pas du mal (son premier long-métrage), et un autre de mes chouchou, Charlie et ses deux nénettes, où Marielle apparaît pour la première fois en VRP de cathédrales à loupiottes, super trash, et relevant déjà du génie. Et Mumu + Marie Poupée.
A propos de Mumu :
Pensionnaire à contrecœur, balloté d’écoles privées en écoles privées dont il est chaque fois exclu, Roger Lantier n’a que onze ans lorsqu’il se retrouve, en dernier recours, au sein de l’austère classe de Mademoiselle Mullard, surnommée Mumu par les garçons. L’école Saint-Eugène est une véritable arche de Noé où sont recueillis une trentaine d’enfants, tous placés en pension par des parents qui ne s’embarrassent guère de leur présence quand ils deviennent encombrants. Juste après la guerre, en 1947, les hommes, s’ils n’ont pas tout simplement été fusillés par les Allemands, reviennent brisés des camps de prisonniers. Ils tentent de reconstituer, tant bien que mal, un foyer, un travail, une vie normale. Dans ce contexte, les femmes se taisent et obéissent à leurs époux. A l’époque, les enfants sont loin d’être les rois.
Lantier (à l’école, on s’appelle par le nom de famille) est en conflit avec son père, considéré comme le mauvais garçon comparé à son parfait grand frère, il se fait renvoyer de toutes les établissements pour un oui pour un non. Il ne rêve que d’une chose : être lui aussi « externe ». Ce statut de privilégié, de chouchou à sa maman, est un idéal inaccessible pour ces petits gars de la campagne, au fin fond des Deux-Sèvres, dans une France moribonde, qui peuvent déjà s’estimer heureux d’avoir été accueillis par la fameuse Mumu. Cette institutrice à l’ancienne s’est fait une réputation dans toute la région par la sévérité de ses méthodes d’éducation et sa capacité à faire travailler des enfants en parti orphelins pour qu’ils obtiennent le plus prestigieux des diplômes, le certificat d’études. Lantier découvre qu’il peut réussir, sa classe devient un refuge, où, pour la première fois, il se sent à l’abri.
Mademoiselle Mullard remarque que Lantier a des dispositions, et derrière les crises d’hystérie auxquelles elle se livre quand les élèves sont dissipés – ils jouent aux billes ou regardent sous sa jupe – et les insultes dont elle les congratule (« fils de Schleu » ou « triple buse »), plus qu’une tendresse, un lien filial se noue. Il est le fils qu’elle n’a pas eu, elle est la mère qui veut bien de lui, mais à une condition : qu’il connaisse par cœur les règles de grammaire ainsi que les principales dates de l’histoire de France. L’école est alors dotée d’une grande valeur car elle favorise l’émancipation et la solidarité. Une communauté des laissés pour compte s’est constituée autour de Mumu (Sylvie Testud absolument exceptionnelle dans ce rôle où elle laisse subtilement apparaître toute l’humanité de cette femme, au-delà du monstre d’autorité), de Monsieur le curé, gentil mais un peu lâche (Jean-François Balmer) et de Ribeyrolles, le pauvre pion baptisé Saucisse par les gosses (Bruno Lochet) complètement dépassé par l’énergie qui se dégage à chaque plan.
Au sein de l’école, la classe, le réfectoire, le tilleul dans la cour où les enfants ont construit une cabane, au milieu des champs, à la rivière, chez Perchard, le copain de Lantier, qui lui permet de regarder comme sa mère (Helena Noguerra) est belle, Joël Seria filme sa propre enfance en jouant avec les règles de la transcription. Une impression d’enfant devient une vérité biographique : étant donné la difficulté de la relation, et la différence notable de traitement avec son frère, Joël Seria était convaincu de ne pas être le fils biologique de son père, mais cela est sans doute faux – il ressemble d’ailleurs comme deux gouttes d’eau à son père. Au cinéma, cette explication devient plausible et elle sort de la bouche même du père (Dominique Pinon). Joël Seria pousse l’imbrication entre fiction et autobiographie au point de faire jouer le rôle de sa mère par sa propre fille. Et comme dans son film mythique, Les Galettes de Pont-Aven, interprété par l’inoubliable Jean-Pierre Marielle, le père est représentant de commerce, au cinéma comme à la ville.
Quand Joël Seria regarde le petit garçon qu’il a été, il retrouve la même fougue, la même passion de vivre et d’aimer, et une certaine réserve. Les images sont d’une esthétique pop, en contrepoint d’un décor classique, les dialogues sont vifs, drôles et émouvants, et redonnent, à la dure réalité des choses, tout son éclat. La sincérité a remplacé une certaine ironie, et l’humour résulte parfois de la dureté du vécu, seul remède contre le désespoir. On rit avec les élèves quand Mumu déclare à l’un d’eux : « Quand tu es né, ta mère n’a pas accouché d’une étoile filante. » Et les larmes montent aux yeux tant les personnages sont attachants, ce petit groupe où adultes et enfants essayent ensemble de recréer une humanité.
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mardi 15 juin 2010
Par Angie David,
mardi 15 juin 2010

Le Musée d'Art Moderne de Paris et son voisin le Palais de Tokyo, en collaboration inédite, ont inauguré une exposition collective commune qui met en avant les futurs grands artistes français (travaillant en France), une nouvelle génération extrêmement originale empruntant à l'ensemble des pratiques et techniques artistiques dans le monde : une "Dynasty" d'artistes (40 en tout) qui ont créé chacun deux oeuvres en résonance, l'une et l'autre exposées dans chacun des musées. C'est passionnant de découvrir que les oeuvres sont parfois monumentales ou modestes, référencés à l'époque actuelle ou à l'histoire de l'art et de l'architecture, questionnent les fondements de la culture et de l'artisanat, utilisent la peinture, la vidéo, la photo, le dessin, la sculpture... comme autant de manière d'exprimer une esthétique contemporaine alternative.
Dans l'expo, mes deux artistes préférés sont deux femmes.
Camille Henrot qui a brisé un immense plat de céramique et en a construit deux sculptures où les morceaux brisés sont consolidés par du plâtre travaillé à la main, et tenant verticalement grâce à un tuteur en métal, détournant les problématiques du poids et du volume des oeuvres, toujours dans cette recherche des matériaux brutes, ceux que nous récupérons et qui deviendront à leur tour des reliques. La cohérence de l'oeuvre de Camille Henrot est absolue, depuis ses recherches sur King Kong et le Cargo Culte. Elle est selon moi l'artiste la plus intéressante dans son approche anthropologique de l'art et son refus du spectaculaire. La beauté réside dans ce qui échappe au discours malgré la grande intelligence et réflexion de son travail. Elle est également exposée en ce moment à l'espace culturel Louis Vuitton.
Raphaëlle Ricol qui récupère des figures modernes comme Mickey et d'autres archaïques et les représente sur des toiles à la peinture acrylique et à la bombe, le côté entertainment et naïf est confondu à des thématiques crues, profondes, écorchées comme en témoigne les titres de ses oeuvres (comme "Suicidedoux"). Influencée par le street art, fan de BD, elle intériorise l'esthétique dans une forme de psychanalyse spontanée. Une artiste à retenir et à suivre.
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mercredi 9 juin 2010
Par Angie David,
mercredi 9 juin 2010

Au regret d'aborder un genre plus restreint dans son audience, celui de la musique électro-rock qui peine à dépasser ma génération de trentenaires attardés, mon blog est ainsi fait, il aborde tous les sujets qui me passionnent. Dernière trouvaille en date (grâce à mon amie Gabrielle), un groupe de Brooklyn totalement dingue, qui fait de l'électro punk déjantée, avec une chanteuse incroyable qui module sa voix à l'aide d'une machine, un type qui tape sur des percus (oui, comme dans les années 80, avec des baguettes argentées) et un autre qui chante et joue de la guitare. These Are Powers fait du noisy rock supra tendance à New York, et pour danser, c'est tout ce que j'aime.
Pat, la chanteuse a fondé en 2001 le groupe Liars, rock indé bruitiste, puis les a quittés pour faire son propre band. These Are Powers aiment le Zeitgeist, autrement dit l'air du temps.
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samedi 5 juin 2010
Par Angie David,
samedi 5 juin 2010

Ce personnage de comtesse hongroise, pionnière des légendes sur les vampires, m'a toujours fascinée. Ainsi j'étais très heureuse que Julie Delpy lui consacre un film. Erzébeth Bathory était une puissante noble dans la Hongrie à la charnière des XVIe et XVIIe siècles, alors que le pays tentait de résister aux invasions turques.
Sur fond de Renaissance, cette femme est dotée d'une très forte personnalité, d'une grande intelligence et partage avec sa famille le goût de la cruauté. De plus, elle apprécie l'ésotérisme malgré sa piété protestante, contre un roi catholique qui lui doit énormément d'argent. Veuve, Erzébeth hérite d'un immense domaine et d'une armée efficace.
Pour la détrôner, le conte Thurzo (William Hurt) utilise ce qu'il sait d'elle, après qu'elle soit devenue folle. Elle aurait passionnément aimé le fils de Thurzo, qui a 18 ans de moins qu'elle, et aurait développé une obsession meurtrière de la vieillesse. Telle Faust et Don Juan, Erzébeth refuse de se faner et est prête à tout pour se conserver intacte pour le retour de son aimé, auquel elle croira jusqu'au bout. Le jeune homme s'avèrera lâche. Une idée digne de Dracula lui vient en tête. Pour rester belle à jamais, elle prend des bains de sang de jeunes filles vierges, de sang aristocrate de préférence. Elle aurait imaginé une machine genre Moulinex taille humaine, avec des dents en forme de scie qui pressurait les filles pour ne gâcher aucune goutte de ce sang si précieux à obtenir.
La procès qui la condamna à être emmurée vivante ne permet pas de savoir si elle a réellement commis ces barbaries dont on la charge. Ces preuves auraient pu être confectionnées par ses adversaires pour la réduire à néant et lui saisir ses richesses. Une femme de pouvoir était intolérable aux hommes. Mais son histoire est devenue éternelle, bien que le dans le Dictionnaire des personnages populaires de la littérature, le texte sur Dracula affirme que son auteur, Bram Stoker "ne pouvait connaître l'existence de cette gente dame". Pourtant le contexte atroce et inquisitoire, la permanence de la violence et des tortures, le cadre sanglant dans lequel la comtesse a vécue, font de son fantasme d'un corps immortel, une pensée aussi moderne que celle d'un conte romantique du XIXe siècle.
Le film de Julie Delpy est rigoureux historiquement, classique et gracieux dans sa mise en scène sans spectaculaire, et elle parvient à ressusciter cette figure négligée parce que femme. Dracula doit peut-être son androgynie à d'autres rites traditionnels, parmi ceux convoqués pour le roman, que seulement Vlad Tepes, l'empaleur roumain du XVe siècle. Et Calligula, l'a-t-il inspiré également? Les héros cachent une partie de leurs origines comme des secrets inavouables.
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mercredi 2 juin 2010
Par Angie David,
mercredi 2 juin 2010

Mon cycle de régression est arrivé au point où je reviens à la première formule du blog, par écrit, de la culture, des textes plus courts et plus fréquents. Les vidéos prennent trop de temps, et du coup, je ne suis plus du tout dans l'instantanéité du net. Ainsi, le bon vieux billet est ce qui permet de réagir vite et bien, à différents sujets.
Les séries américaines ont progressé encore d'un cran en ne cherchant non seulement à critiquer le système moderne en perte de vitesse (celui hérité du modèle bourgeois et romantique du XIXème siècle), mais en le dépassant en abordant frontalement la perte totale de l'identité, conséquence de la remise en question des valeurs sociales et morales jusque-là en vigueur. Ainsi la nouvelle série United States of Tara met en scène une mère de famille, Tara (Toni Colette, actrice exceptionnelle) atteinte de DID (dissociative identity disorder). Son mari et ses deux enfants adolescents, ainsi que sa soeur, ses parents et le reste de la ville, sont confrontés à des doubles (others) qui d'un coup prennent possession de l'esprit de Tara et mettent le souk.
Elle est tantôt Alice, une femme modèle à la Bree Van De Kamp, T., une ado délurée, Buck, un vétéran du vietnam et même Gimme, une sorte d'animal cristallisant ses pulsions les plus primitives. Tara est à la fois homme et femme, parfaite et destroy, gentille et brutale, et devient un inconscient en live qui balance au monde entier ses quatre vérités. Le but de la série est de découvrir le traumatisme à l'origine du dédoublement de personnalité de Tara (un connard friqué l'a certainement malmenée à l'internat). En même temps, chacun, les personnages et les spectateurs, regretterait de perdre la complexité de l'héroïne et la jubilation des scènes loufoques qu'elle suscite sous ses avatars.
La saison 1 se termine sur Canal + jeudi soir (demain), avec les 3 derniers épisodes (sur 12) et la saison 2 est diffusée en streaming.
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