Le dernier film de Mathieu Amalric est d'une finesse de la mise en scène (il a amplement mérité son prix à Cannes) devenue rare dans le cinéma français. Le ton est mélancolique et pourtant un tourbillon de joie emporte le film dans le sillon d'une troupe de danseuses et musiciennes de New Burlesque, une branche décalée du cabaret où le strip-tease est l'occasion d'un show féminin et féministe d'une imagination grandiose.

Mathieu Amalric n'est pas un comédien qui veut réaliser des films, il voulait être cinéaste avant que le hasard ne lui ouvre une carrière extraordinaire d'acteur. Arnaud Desplechin a remplacé au pied levé son interprète principal dans son premier film, Comment je me suis disputé ma vie sexuelle. Ainsi, depuis l'autobiographique Mange ta soupe, Amalric impose une personnalité sensible et subtile, qu'il incarne dans Tournée, là également acteur.

Au départ, il ne se donne pas le bon rôle en jouant ce tourneur improvisé, Joachim Zand, qui entraîne une troupe incroyable de New Burlesque venue de New York à laquelle il promet, de ville en ville, un passage final et royal par Paris. Finalement, les choses ne se dérouleront pas comme prévu, mais la magie de ces ambiances où l'on est coupé de la réalité, uni dans un même but, une même envie, opère. Sans que jamais ne soit dévoilés les secrets propres à chaque personnage, le passé, le vécu semble peser lourd par exemple sur le coeur de la sublime Mimi le Meaux, créature d'une beauté inouïe, blonde, extra ronde, pulpeuse, maquillée de faux cils, tatouées comme une Betty Page punk.

Le producteur du show, Joachim, est mystérieux dans ses manies, celle de prendre beaucoup de tout ce qui est à libre disposition (bonbons, sucres, allumettes...) et de systématiquement demander à arrêter la musique ou la télé dans les cafés et les restaurants qu'ils arpentent, comme les salles de spectacle, du Havre à La Rochelle, échouant plus exactement dans un hôtel abandonné et majestueux sur l'île d'Aix. Amalric rattrape le sort de son héros en lui permettant de se protéger sous l'aile de cette figure de femme absolue qu'est l'héroïne principale, Mimi qui ferait fantasmer un géranium.

L'affiche est magnifique et dit très justement le film, une fois qu'on l'a vu. C'est un pur bonheur des sentiments, et l'image est simplement belle, les plans et les décors sont désuets sans artifice, c'est une réussite, je souhaite longue vie à ces personnages mi réels mi fantastiques qui nous font rêver.